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Broadcasters et plateformes : "If you can't beat them...", par Fred Bouchar (MM)

Samedi 24 Janvier 2026

  Broadcasters et plateformes :

Longtemps perçues comme concurrentes, les grandes plateformes de streaming deviennent désormais des canaux de distribution assumés pour de plus en plus de groupes audiovisuels traditionnels.
 
TF1 avec Netflix, France Télévisions et M6 avec Amazon Prime Vidéo ou plus récemment, la BBC avec YouTube… A côté de leurs chaînes linéaires et de leurs déclinaisons BVDO, ces diffuseurs misent également sur la force de frappe US. 
 
C'est ce qu'évoquait Rodolphe Belmer, CEO de TF1, en juin dernier à Cannes, lors de la présentation de son deal avec le leader mondial de la SVOD : « Nous allons permettre à nos programmes de rayonner encore plus, en bénéficiant de la force de recommandation de Netflix qui sera mise au service de nos contenus, et pourrons répondre toujours mieux aux besoins des annonceurs, dans un environnement qui s’articule parfaitement avec notre plateforme TF1+. » 
 
De son côté, la BBC indique que l’accord avec YouTube s'inscrit dans la stratégie "Value for All" qui vise à rendre davantage de contenus accessibles à tous les publics, où qu'ils se trouvent, en se concentrant sur la promotion de ses émissions vedettes, la diffusion d'infos fiables ou encore la création de nouvelles chaînes ciblées pour les enfants et les jeunes adultes britanniques…
 
« Les marques "destination" (celles qu'on va voir exprès) meurent. Les marques de "flux" (celles qui s'insèrent dans notre routine) triomphent », résume le stratège français François Gombert. « Belmer utilise la puissance de feu de l'algorithme US pour ramener les jeunes vers le seul produit que Netflix ne saura jamais fabriquer : de la cohésion nationale en temps réel », ajoute-t-il... Chez nous, on dirait plutôt "lien social" que "cohésion nationale", mais peu importe. En clair, il s’agit d’accepter que certains publics ne viennent plus spontanément sur les plateformes propriétaires des chaînes locales, et le fait est que de plus en plus de diffuseurs considèrent désormais les géants du streaming comme des réservoirs de reach incrémental.   
 
Dans tous les cas, les broadcasters tracent une ligne de défense nette : ils gardent la main sur la monétisation de leurs inventaires et renforcent leur data. Comme l'expliquaient nos confrères de Minted à propos du deal M6-Amazon : au-delà de la visibilité offerte par Prime Video, l’accord repose largement sur un dispositif technologique centré sur la donnée. M6 s’appuie en effet sur Amazon Publisher Cloud, qui permet de rapprocher données médias et données retail dans un environnement sécurisé.
 
Mais derrière ces arguments industriels et marketing, en creux, se pose aussi la question de la souveraineté des médias locaux. 
 
Une réalité que l’ancien Secrétaire d’État à la digitalisation, Mathieu Michel, a esquissée lors de notre dernier Tech Club : l’accès aux audiences nationales passe désormais, en partie, par des plateformes globales, soumises à des logiques algorithmiques et économiques exogènes aux marchés locaux. Avec, en toile de fond, un double risque : la dilution progressive de l’identité des marques médias et l’affaiblissement du lien direct avec leur public.

A l'époque, Martin Sorrell, alors CEO de WPP, qualifiait Google et Meta de "frenemies" pour illustrer leur comportement ambivalent : ils agissent comme vos amis mais en fin de compte, ils sapent vos chances de succès sur le long terme... Devrait-on remettre le terme au goût du jour, parlant de Netflix, Amazon Prime & Co ?

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