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INTELLIGENCE

Seen from Space Digimeter : la vie privée ou le verre à moitié plein

Vendredi 14 Mai 2021

Seen from Space Digimeter : la vie privée ou le verre à moitié plein

La semaine dernière tombaient les premières données sur l'impact de la nouvelle version iOS en matière d'acceptation du tracking publicitaire. Sans (trop de) surprise, "l'opt-in" réclamé aux détenteurs d'un appareil mobile Apple se situe à des niveaux particulièrement bas. Facebook avait des raisons de s'inquiéter. Les chiffres publiés sont globaux, mais il y a peu de raisons qu'ils soient différents en Belgique. Ou plus précisément en Flandre. Flandre où la dernière version du Digimeter nous livre une vision contrastée sur les usages et attitudes en matière de données personnelles. 

On a déjà pu voir que les Flamands se montraient méfiants vis-à-vis du traitement de ces informations par les médias (avec il est vrai une forte différence entre médias "étrangers" - en particulier les réseaux sociaux - et médias locaux), qui en la matière cèdent le pas aux autorités publiques et aux hôpitaux par exemple. 

Autre question qui peut fâcher : le Digimeter a questionné ses répondants sur leur degré de préoccupation ("bezorgheid") vis-à-vis de leur vie privée en ligne. Et on peut parler ici de verre à moitié vide ou à moitié plein. En 2020, une courte majorité des répondants (51%) se sont déclarés soucieux ou très soucieux de leur "privacy". Ceci étant, cette proportion a diminué en relatif de 16% par rapport à 2019, dix points de moins... Et la baisse la plus sensible concerne les individus très préoccupés par le sujet, de 17 à 10%. Bref, pour l'ensemble des individus se déclarant "préoccupés", on parle aujourd'hui encore d'un Flamand sur deux, mais ils étaient sensiblement plus nombreux un an avant. 
Il y a en la matière un fossé générationnel évident : au-delà de 25 ans, on se dit préoccupé par le sujet "privacy" à au moins 50% (contre 39% chez les 16-24 ans). Maintenant, la baisse du niveau de préoccupation par rapport à 2019 est importante dans toutes les tranches d'âge. Dans ses commentaires, IMEC ne manque pas de souligner cette baisse de l'indicateur global de préoccupation quant à la vie privée. Elle est attribuée à « la perception d'une sécurité renforcée par une législation durcie [en la matière] ». A part la législation, des développements comme ceux d'iOS ou la plus grande visibilité des politiques de cookies constituent peut-être d'autres remèdes de nature à diminuer la méfiance. En tout cas, l'évolution de cet indicateur "privacy" sera intéressante à observer dans le futur.

Données privées : des Flamands parfois paradoxaux

La privacy digitale est évidemment un sujet chaud, que le Digimeter a étoffé au cours de ses éditions successives. La plus ancienne question d'attitude en la matière remonte à la version 2017 de l'enquête : elle concerne la préoccupation liée aux réseaux sociaux. En 2020, la proportion d'individus se déclarant soucieux sur ce plan est montée à 59%, un niveau jamais atteint jusqu'à présent, mais pas fondamentalement en rupture par rapport au passé. Sur ce point comme sur pratiquement toutes les autres attitudes en matière de privacy, le niveau de préoccupation augmente nettement avec l'âge. 
Sur d'autres aspects, comme la question du contrôle sur les données, la transparence perçue ou l'intérêt d'un deal "données personnelles en échange d'informations ou de services", les valeurs rapportées en 2020 ne diffèrent pas fondamentalement d'autres observations précédentes. 

L'option du deal "données en échange de quelque chose" présente quant à elle un profil générationnel à part : elle est de nature à intéresser pas moins de 40% des jeunes adultes entre 25 et 34 ans, et un individu sur trois dans les tranches d'âge voisines (16-24 ans et 35-44), contre 29% sur l'ensemble de la population. 

Il semble pour finir que les Flamands soient très attentifs aux autorisations qu'ils donnent aux applications en matière d'accès aux contacts, photos, localisation, etc. sur leurs appareils. Cette question sur les autorisations a été introduite en 2019 dans le questionnaire Digimeter et recueillait alors déjà un large assentiment (69%), approbation qui s'est encore renforcée un an plus tard (73%). Même les plus confiants en la matière, les moins de 25 ans, sont près de deux tiers à se déclarer attentifs à ce qu'ils permettent aux applications qu'ils téléchargent. 

Comme le souligne IMEC, les Flamands se montrent au moins dans certains cas soucieux d'un contrôle renforcé sur leurs données personnelles. Avec des paradoxes, car l'institut souligne par ailleurs que la proportion de ceux qui déclarent lire les textes à approuver - vous savez les longues pages juridiques qui détaillent l'utilisation des données personnelles avant d'installer un software ou une application - a fléchi de 51 à 41% entre 2019 et 2020. Préoccupés par la protection de leurs données, les Flamands incarnent aussi ce qu'IMEC intitule très  justement le "privacyparadox", ce qu'on peut traduire par une cohérence à géométrie (très) variable...

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