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Seen from Space : IPTV, l'obscur et le clair

Dimanche 27 Septembre 2026

Seen from Space : IPTV, l'obscur et le clair

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel francophone et le Service Public Fédéral Economie viennent de lancer #PlayFair, une campagne nationale de sensibilisation au streaming illégal et à l’IPTV pirate. Il n’est pas question ici de défendre une pratique illégale, mais d’en mesurer l’importance. Et là c’est un peu obscur.

Pour l’ampleur du phénomène, on se réfère généralement à une "étude" ou des "données" du SPF Economie : 650.000 "téléspectateurs" (en fait des ménages) belges auraient recours à l’IPTV illégale, soit une pénétration de 12,76% (sic). Renseignement pris à la source, cette donnée datée de début 2025 repose sur une estimation. Celle-ci est inspirée d’une étude européenne de 2023 ("Online copyright infringement in the European Union") assez générale ainsi que d’une enquête de l’autorité française de régulation Arcom dirigée spécifiquement sur "la consommation audiovisuelle illicite en IPTV" et réalisée en 2024. Cette dernière estimait la pénétration de l’IPTV illégale à 11% des internautes d’au moins 15 ans. On parle donc ici d’individus, pas de ménages. Néanmoins, si on accepte un ratio de 12,8% des individus en Belgique, divisé par le nombre moyen de personnes par foyer, on peut arriver effectivement à environ 670.000 ménages disposant de l’IPTV en Belgique. Mais comme pour toute activité illégale, on ne peut parler de certitude.

L’obscurité règne d’autant plus si on se réfère aux données CIM. L’Establishment Survey (ES) annuelle inclut un questionnement sur le recours à l’IPTV, sans préciser son caractère possiblement illégal (l’étude Arcom évoque d’ailleurs une part d’utilisations licites de l’IPTV). Méconnaissance ou méfiance ? La donnée déclarative issue de l’ES se limite à un total estimé de 467.000 individus d’au moins 12 ans ou 244.000 ménages. Un tiers de ce total concerne la Flandre. Du côté de l’étude TV du CIM, les individus vivant dans des foyers équipés IPTV seraient environ 700.000 dont une immense majorité (97%) dans la partie Sud. Les différences par rapport aux estimations officielles sont donc importantes.
Sur les comportements de vision découlant de l’accès à l’IPTV, les choses sont nettement plus claires. Pour la partie Sud, censément la plus implantée, nous avons repris dans nos graphiques les données de l’ES. Elles comparent les déclarations de consommation vidéo selon la présence ou non d’une IPTV dans le ménage. L’effet est important sur la vision de TV linéaire et sur les émissions enregistrées et regardées en différé. Par contre, le replay est nettement plus consommé lorsqu’on dispose d’un accès IPTV. Sans surprise, avec ce type d’accès, le recours aux plateformes telles YouTube, Netflix, Disney+, etc. est bien plus intensif avec l’IPTV que dans les foyers qui n’en disposent pas. En général, la vision des applications ou sites des chaînes TV francophones est par contre à égalité entre foyers IPTV et les autres. Même si elle est limitée, la vision de contenus téléchargés (et dans une grande majorité piratés) est évidemment beaucoup plus répandue dans les foyers avec IPTV. 

Les données CIM TV du premier semestre 2026 nous apprennent par ailleurs que le temps total passé devant l’écran de télévision est pratiquement le même chez les foyers IPTV et les autres. Mais on note une grande différence entre ces deux types de ménage pour ce qui est de la consommation de TV linéaire. Conformément à ce que nous dit l’ES, les individus qui ne disposent pas de l’IPTV ont une durée de vision de la télévision classique supérieure à celle de ceux qui en disposent : elle représente 65% de la vision des foyers "sans" et 40% chez ceux qui disposent d’une IPTV. Ce qui est donc clair, c’est que l’IPTV génère une consommation vidéo beaucoup plus "à la carte" mais qui comporte encore une part de télévision linéaire classique. 

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