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Du sable, par Griet Byl (MM)

Dimanche 9 Mai 2021

Du sable, par Griet Byl (MM)

« Vous voyez cette publicité parce que vous vivez seule, avec un chat roux. Vous adorez votre ville, mais vous êtes à la recherche d’une maison en Espagne. Vous aimez les fleurs, le voyages et les livres. Vous êtes végétarienne, hétérosexuelle et d’âge plutôt mature. Vous préférez le single malt irlandais et la musique live, tout en ayant un abonnement à l'opéra. »

Si cela avait dépendu de Signal, certains auraient pu voir apparaître un texte similaire hautement personnalisé sous forme d'annonce dans leur feed Instagram. En effet, la messagerie alternative lancée par Brian Acton et Moxie Marlinspike qui se dit très à cheval sur la protection des données privées, avait acheté une authentique campagne de publicité ciblée, basée sur des données personnelles de vrais utilisateurs. Objectif : illustrer de manière claire et tranchante la quantité impressionnante de données que le groupe Facebook et ses filiales possèdent sur nous.

« Les entreprises comme Facebook ne développent pas de technologie pour vous, elles créent de la technologie pour avoir accès à vos données », souligne Signal. « Ces informations sont vendues ensuite pour beaucoup d'argent aux annonceurs en quête de publicité ciblée. » 

Il semblerait toutefois que les utilisateurs concernés n'aient jamais vu l'annonce qui leur été réservée, car Facebook aurait bloqué la campagne avant qu'elle ne puisse être diffusée. Cette allégation a été démentie entre-temps par un porte-parole du réseau : il s’agirait d’une action de RP intelligente imaginée par Signal destinée à mettre en avant ses atouts en matière de privacy. Si tel est le cas, le buzz a très bien fonctionné, sachant que l’affaire a été relayée par bon nombre de médias dans le monde entier.

Ce qui n’a rien d’étonnant, puisque le dispositif touche une corde sensible et très reconnaissable. Ne sommes-nous pas tous confrontés quasiment chaque jour à la preuve que nos données sont utilisées dans des tentatives plus ou moins réussies de nous vendre chaussures, robes et vacances ? Celles-là même que nous venons d’acheter ou de rechercher ?

La confidentialité reste un concept plus que relatif sur les réseaux sociaux - et dans le monde digital en général. Malgré de fréquentes tentatives de régulation, hackings et abus restent monnaie courante. Malgré les comités de surveillance, la transparence est encore difficile à trouver. 

Mais le pire, c’est que nous le savons. Consommateurs, annonceurs, professionnels des médias : nous le savons. Tous et depuis longtemps. Et pourtant, nous continuons volontiers à partager nos vies en ligne, contents des likes que nous recevons et distribuons.

Et les publicités sur Facebook continuent de se vendre comme des petits pains chauds : selon les derniers chiffres, Facebook a généré un chiffre d’affaires de plus de $26 milliards au premier trimestre, soit une augmentation de 48% par rapport à l'année dernière. Une augmentation que le groupe explique par un prix moyen par annonce plus élevé et un nombre accru d'ad impressions. Des chiffres qui font pâlir les meilleurs élèves de la classe chez les éditeurs locaux, même si les efforts qu’ils fournissent sont considérables. N'est-il dès lors pas temps de sortir la tête du sable ?

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