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Les médias d'information peuvent-ils se passer des réseaux sociaux ?, par Griet Byl (MM)

Dimanche 18 Avril 2021

Les médias d'information peuvent-ils se passer des réseaux sociaux ?, par Griet Byl (MM)

En mars 2019, Stuff, le premier site d'information néo-zélandais, décidait de cesser toute activité publicitaire sur Facebook, suite au streaming live de la terrible attaque terroriste à Christchurch sur le réseau social. Un an plus tard, l’impact de cette décision sur le trafic du site semble négligeable.
Dans la foulée, et en guise d’expérience interne, Sinead Boucher, la CEO de Stuff (et propriétaire du titre), a poussé le bouchon plus loin : en juillet 2020, elle décidait de ne plus publier aucun contenu surFacebook.

Et que s’est-il passé ? A première vue, cette absence n’a pas eu non plus d'impact désastreux sur le trafic du site : « Sept mois plus tard, disons que notre absence de Facebook nous a coûté entre 5 et 10% de croissance », a-t-elle expliqué lors d’un webinar pour le Reuters Institute. En même temps, le trafic direct et issu du search aurait augmenté. Du reste, cette décision aurait suscité de nombreuses réactions positives de la part du public.

Avec ce revirement quelque peu inhabituel, Sinead Boucher voulait mettre davantage l'accent sur la confiance comme mission centrale du travail de ses journalistes - la base des priorités éditoriales de Stuff. « Cela leur permet de se demander pourquoi ils ont écrit et écrivent certains articles, comment ils peuvent contribuer à la confiance de leurs lecteurs. » Cette prise de position a aussi inspiré un vaste projet éditorial appelé "Our Truth".

Par ailleurs, au début du confinement, Boucher a instauré un business model basé sur les contributions des lecteurs (un peu à l’instar de ce qui se fait chez The Guardian). Par conséquent, le contenu du site peut être consulté gratuitement, sans paywall et sans abonnement. Il n’y a pas encore de chiffre sur l’impact sur le trafic ni sur la rentabilité de ce modèle à long terme, mais « les dons ont augmenté suite à la couverture de la crise Corona, au projet Our Truth et à la décision de quitter Facebook », a déclaré la CEO, qui n’ jamais caché ses intentions de construire un modèle financier plus diversifié, plus durable pour son média.

« Il est extrêmement difficile d'encourager et de stimuler le journalisme dans le contexte actuel. Nous devons suivre des règles strictes et concurrencer des plateformes dont personne n’attend la même déontologie. Et pourtant, ils contrôlent les audiences, la technologie et les publicités. J'aimerais voir une partie de ce pouvoir de négociation retourner auprès du public. »

Bien entendu, la question reste de savoir de quel public elle parle : d’après le Digital News Report de Reuters, de nombreuses personnes (41% en Belgique) utilisent les médias sociaux comme source d'informations au quotidien... Même si la confiance accordée aux informations qu'ils y consomment est paradoxalement très faible. 

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