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The Big Game, par Fred Bouchar (MM)

Vendredi 26 Mars 2021

The Big Game, par Fred Bouchar (MM)

Pierre Maes, en 2019, au Figaro à l’occasion de la sortie de son livre "Le Business des droits TV du foot" : « Tous les détenteurs de droits rêvent de voir les GAFA investir massivement dans le sport. Sauf qu'on constate qu'Amazon, Netflix, Facebook ou Google sont extrêmement prudents par rapport aux contenus sportifs. A l'inverse de tous les acteurs actuels qui se jettent encore, ou se sont jetés sur les droits ces dernières années, eux avancent à petits pas. Les GAFA sont des entreprises en pleine croissance. Or, tous les acteurs qui ont fait monter les enchères ces 20 dernières années, les chaînes commerciales qui vivent de la pub, les chaînes à péages ou, dans une moindre mesure, les telcos sont des empires en déclin. Ces entreprises meurent lentement et commettent des actes désespérés en surenchérissant. Les GAFA observent cette guerre de manière détachée, de loin, en sachant que leur modèle bénéficie d'une croissance insolente. » 
 
Deux ans plus tard, et à la faveur d'une crise sanitaire mondiale qui n'a fait qu'amplifier cette croissance insolente dont parlait le consultant belge, les lignes bougent : les GAFA ne se contentent plus d'observer, elles montent sur le terrain. Amazon en tête. 
 
Il y a quelques jours, la petite entreprise de Jeff Bezos mettait $10 milliards sur la table pour rafler une partie des droits de la NFL sur les 10 prochaines saisons de foot US. 
 
$1 milliard par an pendant 10 ans pour alimenter son service Prime Video. De la petite bière - Bud Light ? - pour Amazon : 1 milliard, c'est un peu moins du quart du budget investi l'an dernier par le groupe dans les contenus, 4% du chiffre de ses services par abonnement et moins de 0,5% de son chiffre total.  
 
Il n'empêche : sur un terme de dix ans, cet investissement de 10 milliards dans du sport en direct, chez Amazon ou n'importe quel acteur du Web ou de la SVOD, c'est du jamais vu. Le coup de force d'Amazon a d'ailleurs fait flamber le ticket d'entrée de tous les partenaires de la NFL, en dépit d'audiences qui ont chuté de près de 10% au cours de la dernière saison. Car au final, c'est 100 milliards qu'a récoltés la ligue US pour la retransmission de ses matches entre 2023 et 2033. A titre de comparaison, les droits pour la seule saison 2016-2017 s'élevaient à 5,5 milliards... Vu le contexte, les Fox, CBS, ESPN et NBC qui se partagent traditionnellement ces droits, se seraient bien passer de cette surenchère amazonienne.
 
Accessoirement, la montée en puissance d'Amazon dans le sport montre aussi que la SVOD tend à devenir, là aussi, le modèle à suivre. Preuve en est, les quatre précités vont chacun proposer tout ou partie des matches de la NFL sur leur plateforme : Tubi pour Fox, Paramount+ pour ViacomCBS, ESPN+ pour Disney et Peacock pour NBC. La pub seule ne leur permettant plus de rentabiliser leurs droits sportifs.
 
La NFL et l'Amérique, c'est loin, direz-vous. Il n'empêche que l'ombre d'Amazon plane de plus en plus autour de l'orbite de l'UER. Depuis 2019, le géant de l'e-commerce détient les droits des Masters 1000 et ATP 500 de tennis pour la Grande-Bretagne ; en Italie, il a acheté les 16 meilleures affiches de la Champions League pour les soirées du mercredi jusqu'en 2024 ; en France, il partage désormais les droits de Roland Garros avec France Télévisions, embarquant dans l'aventure une série de consultants stars de la chaîne publique dont Amélie Mauresmo, Marion Bartoli et Fabrice Santoro. 
 
A ce rythme-là, et si d'aventure Google et Facebook décidaient de s'aligner sur la stratégie d'Amazon, la question n'est plus de savoir si les chaînes linéaires classiques, qu'elles soient privées ou publiques, pourront encore longtemps se permettre d'investir dans le sport en direct. C'est plutôt : quand seront-elles définitivement hors jeu ?

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