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Plaidoyer pour une sobriété médiatique, par Fred Bouchar (MM)

Samedi 17 Mai 2025

Plaidoyer pour une sobriété médiatique, par Fred Bouchar (MM)

Il est des réunions qui vous empêchent de dormir… Songeur et l’esprit encore encombré par les miasmes d’échanges houleux, je tourne distraitement les pages de mon journal du matin lorsque j’ai le regard attiré par ce titre : « Désarmons nos paroles pour désarmer la terre ».  Ces mots de Léon XIV et les pensées qui me pèsent se télescopent... Curieux, je me plonge dans un article consacré à la première rencontre du pape avec les représentants de la presse internationale. 
 
« C’est seulement en disant non à la guerre des mots et des images que nous pouvons rejeter le paradigme de la guerre. La paix commence par la manière dont on regarde et raconte les autres. » 
 
Léon XIV a exhorté les médias à « ne jamais céder à la médiocrité » et à « fuir les stéréotypes et les lieux communs », résume Le Soir
 
Ne jamais céder à la médiocrité, fuir les stéréotypes et les lieux communs… C'est en effet le vœux (pieux) de tout journaliste qui se respecte. Mais cette promesse faite à Saint François de Sales - patron de notre profession, selon l'hagiographie vaticane - se dilue dans le flot d'informations qui nous submergent.
 
Selon une étude de l’université de Berkeley, première à documenter l’infobésité, depuis la fin du XXe siècle, la quantité de news produites et stockées a connu une croissance exponentielle. Réalisée en 2003, elle indiquait que cette production doublait tous les trois ans environ… On vous laisse imaginer l'amplitude de cette accélération deux décennies plus tard. 
 
L’infobésité et son corolaire - l'évitement à l'information qui va aussi croissant dans le contexte anxiogène que nous connaissons - sont la hantise de toutes les rédactions. Et leurs craintes sont renforcées par une forme de juxtaposition entre les messages des médias professionnels d’information et ceux émanant des réseaux sociaux autour d’un écran commun. 
 
« Mais il ne faut pas oublier que dans la surcharge informationnelle il y a aussi et surtout notre appétence à nous tenir informés. L’infobésité, on la subit, mais quelque part on la cultive aussi », constate Olivier Glassey, sociologue spécialiste du numérique. « En réalité nous sommes nous-mêmes producteurs d’informations. Au quotidien, nous en produisons quantité qui génèrent du stress chez autrui. Se restreindre devrait devenir une nouvelle forme de civilité », ajoute le sociologue. « J’entends par là le fait de penser à l’infobésité d’autrui de manière à tendre vers une parcimonie d’informations partagées. » 
 
Sachant aussi que les canaux bien connus sur lesquels nous avons coutume de partager tout et n’importe quoi, ne sont pas non plus les plus dignes de confiance. En témoigne le dernier Trust Survey de Trustmedia et Profacts qui montrent une fois de plus que l’index de confiance des réseaux sociaux score bien en-deçà de la moyenne par rapport à celui des médias d’information locaux. 
 
Il faut le dire et le répéter, quitte à déroger un temps à cette cure de sobriété médiatique bienvenue pour mieux l’embrasser. 

Illu Damien Lemaire

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