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Le monde selon Brice

Dimanche 16 Janvier 2022

Le monde selon Brice

Il n'est pas rose mais il n'est pas gris non plus, le monde de Brice Le Blévennec, Chief Visionary Officer du groupe Emakina. Il se compose de nombreuses couleurs, et il en va de même pour les articles de son livre "Visions d'un monde meilleur" (Racine) paru en ce début d'année. Des articles bleus, verts ou oranges, selon qu'il s'agisse de techno pure, de user experience ou de futurisme. Une façon élégante et intéressante de célébrer son anniversaire - récemment reprise par l'américain Epam, l'agence fête ses 30 ans de développement -, préférant évoquer les décennies à venir qu'une rétrospective. Entretien avec l'auteur et le fondateur.

Pourquoi sortir un livre maintenant ?

C'est un cadeau, du moins j'espère qu'il sera reçu comme tel, pour les 20 ans d'Emakina ou les 30 d'Ex-Machina. Nous allons en donner un à chacun de nos 1.300 employés et l'offrir aussi à nos clients. Plutôt que parler du passé, nous avons préféré viser les 30 prochaines années. Je souligne que plusieurs collègues experts dans différents domaines ont contribué à cet ouvrage dont on peut dire qu'il est dense. Mais très lisible, je crois. Les premiers feedbacks sont très bons.

Quel est l'objectif ?

Se faire plaisir, un peu - les différents chapitres sont autant de prises de position, parfois polémiques ou se prêtant à des débats - et parler de l'agence. Sortir ce genre de bouquin n'est pas une source de revenu, c'est autre chose.

J'ai voulu aborder les grands problèmes du monde, et il s'en trouve : l'explosion démographique, les écarts sociaux, les maladies modernes... Mais l'ingéniosité de l'homme est immense. Il faut continuer à croire dans la démarche scientifique, et poursuivre l'évolution technologique. À sa façon, Emakina participe à ce travail.

Les nouvelles technologies ne profitent-t-elles pas plus au Nord qu'au Sud, ne servent-elles pas plus de confort aux nantis ?

Au contraire. Prenez les OGM : elles permettent de nourrir une plus grande base des populations. Et concernant l'aspect sanitaire, leur conception peut éviter de subir des parasites tandis que les moyens traditionnels prônent l'utilisation de pesticides. Et la robotisation ou l'intelligence artificielle permet avant tout de réduire la proportion des tâches les plus basses pour l'humain, l'obligeant ainsi à une certaine élévation de son travail. 

Mais cette intelligence et ces robots peuvent carrément nous remplacer, demain ?

Sûrement pas ! Et encore moins pour les travaux élaborés. Il faut savoir qu'on ne sait même pas extraire des pommes de terre par la voie automatisée aujourd'hui. Et dans ses entrepôts, Amazon n'est pas parvenu à remplacer les manutentionnaires par des bras à ventouses suffisamment efficaces. Il en va de même pour les millions de Chinois qui produisent des smartphones. Les robots ne sont capables que d'assumer les jobs les plus crétins. A l'instar des scribes dans les bureaux d'avocats, qui doivent se taper tous les dossiers en jurisprudence parce qu'ils ne sont pas encodés. C'est vraiment trivial comme boulot ! Une fois codés et classés, ils pourront faire autre chose.

Comme la lecture de code-barres au supermarché plutôt que l'encodage des prix ?

Oui, mais il faut tenir compte de l'humain, se rendre compte que certains apprécient de causer à la caisse des magasins. Tout le monde n'est pas pressé, et nombreux sont ceux qui veulent garder ces contacts humains. Cela vaut pour plusieurs secteurs.

Et pourtant, pour les métiers plus complexes, la technologie semble évoluer rapidement...

Pas pour tout. Ce qu'on appelle l'A.I. est en fait un ensemble d'algorithmes intelligents mais qui seront toujours spécialisés par domaine, basés sur la reconnaissance de "patterns", de situations précises, de visuels, etc. Ceci étant, par discipline, on peut aller loin. Les techniques permettent mieux qu'un humain de détecter un cancer, mais il faudra toujours un médecin pour prescrire les tests, et le même ou un autre pour interpréter les résultats et engager la bonne thérapie. Si l'on parle des réflexions (pour la machine, ndlr.), de l'anticipation et de la proactivité, nous en sommes très loin, voire nulle part. 

Pourriez-vous être plus concrets sur les solutions des grands enjeux de l'humanité ?

Il existe des solutions simples à formuler, moins simples à mettre en place, pour nos challenges notamment liés au dérèglement climatique. Ce n'est pas en achetant des patates à la ferme d'à côté ou en mangeant bio que l'on va résoudre ces problèmes. Il faut des solutions plus radicales, plus larges, plus disciplinées. 

En bref, il faut être réaliste et vous trouvez de nombreuses pistes dans ce livre. Aussi sur le plan des objectifs : on ne va pas pouvoir planter des éoliennes partout dans les pays du Sud pour permettre à plusieurs milliards de personnes de vivre comme en Belgique ou aux Etats-Unis. Nous sommes face à une évolution démographique qui nous oblige à trouver des macro-solutions fortes pour garder un équilibre planétaire. Et l'Europe devient victime de sa propre gouvernance.

Que voulez-vous dire ?

La protection de la vie privées, qui empêche les analyses en profondeur, les limites de la 5G qui obligent à planter plus d'antennes ou l'abandon du nucléaire au profit du charbon ou du gaz : plusieurs exemples de conservatisme ou d'écologisme mal placés font preuve de mauvais choix. La crise Covid en est aussi une illustration : la proportion des mesures qui, sans être radicales, ont gelé la société et l'économie, n'est pas en rapport avec le nombre de cas malheureux. Ce n'est pas en réduisant les libertés et les possibilités d'expériences, en se repliant sur sa région, ou en réduisant sa qualité de vie que l'on va améliorer la condition humaine. C'est par le progrès téméraire que l'on résoudra les grands problèmes de notre monde.

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