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Emmanuel Briard (Bright): "Nous sommes une maison d'agences expertes"

Dimanche 14 Juin 2026

Emmanuel Briard (Bright):

Après 24 ans d’existence et plusieurs transformations, Hungry Minds entame un nouveau chapitre. L’agence créative namuroise s’inscrit désormais dans Bright, une "maison" réunissant trois expertises complémentaires : création, branding et réputation. Un modèle volontairement indépendant, pensé comme une alternative aux consolidations et aux structures 360. 

Rencontre avec Emmanuel Briard (CEO, Bright), Damien Ronday (Chief Creative Strategist, Hungry Minds) et Stéphane Henry (CEO, Hungry Minds) pour évoquer cette nouvelle organisation et ses ambitions.
 
Hungry Minds évolue aujourd’hui sous la bannière Bright. Comment cette transformation est-elle née ?
 
Emmanuel Briard
: Hungry Minds est probablement le nième épisode d’une aventure commencée il y a 24 ans. À l’origine, c’était simplement l’envie de travailler dans le marketing et la communication. Puis l’agence a évolué, changé de forme et recentré progressivement ses métiers. Nous croyons profondément aux vertus de la spécialisation et au fait d’être extrêmement focus sur ce que l’on fait le mieux.
 
Il y a quelques années, nous avons aussi vécu une expérience que beaucoup d’agences connaissent : nous avons été approchés par un groupe français, qui consolidait différentes structures indépendantes. Le projet était séduisant sur le papier : mutualiser certains services, tout en préservant l’ADN local des agences. Finalement, l’opération n’a jamais réellement abouti, principalement pour des raisons financières. Mais cette expérience a été très utile parce qu’elle nous a obligés à nous reposer les bonnes questions : comment voulons-nous grandir ? Avec qui ? Et surtout dans quel cadre ?
 
Cette expérience vous a donc poussés à repenser votre modèle ?
 

Clairement. Nous avons revu l’actionnariat et relancé le projet autour de trois associés -Damien, Stéphane et moi-même. Surtout, nous avons tiré une conclusion importante : nous ne voulions plus dépendre d’un modèle qui risquait de diluer la valeur ou l’identité de l’agence.
 
À partir de là, nous avons créé une holding - même si le mot ne nous plaît pas beaucoup -, afin de structurer un projet plus large.
 
C’est là qu’intervient Bright ?
 
Exactement. Bright est née comme une maison d’agences spécialisées, plutôt que comme un groupe traditionnel.
 
Hungry Minds reste l’agence créative. Ensuite, nous avons investi dans Kingsize, un studio de branding, dont l’expertise complète naturellement notre métier. Et nous venons de lancer Sharp Sense, dédiée à la réputation, à la communication interne, à l’employer branding, à la gestion sensible et aux enjeux corporate.
 
On se retrouve donc avec trois expertises distinctes, mais complémentaires : la création, le branding et la réputation.
 
Pourquoi insister autant sur cette idée de "maison" plutôt que de groupe ?
 

Parce que nous voulons respecter l’ADN propre de chaque agence. Quelqu’un qui adore travailler chez Hungry Minds ne travaillera pas forcément avec le même plaisir chez Sharp Sense ou Kingsize. Ce sont des métiers différents, des cultures différentes et parfois même des profils très différents.
 
Ce que nous mutualisons, ce sont surtout les choses que, soyons honnêtes, les créatifs aiment le moins gérer : l’IT, la finance, l’administratif, les RH ou la gestion immobilière. Là, faire les choses ensemble a du sens. En revanche, les relations clients, la stratégie et la création restent totalement propres à chaque entité. C’est pour cela que nous parlons d’une maison et pas d’un groupe.
 
Bright est-elle vouée à grandir ?
 
Oui, mais à notre rythme. L’expérience du groupe français nous a appris quelque chose d’essentiel : vouloir aller trop vite peut devenir dangereux. Nous privilégions avant tout le "fit" humain et les valeurs communes, avant de regarder les chiffres ou les portefeuilles clients. Dans le même esprit, nous ne voulons pas non plus construire une machine financière ou un groupe qui accumule les acquisitions. Ce n’est pas notre culture.
 
Demain, une agence tech ou une agence d’influence pourrait parfaitement discuter avec nous, mais uniquement si le projet fait sens humainement et stratégiquement. Sinon, cela ne nous intéresse pas.
 
Au-delà de la structure Bright, Hungry Minds semble aussi avoir fait évoluer son propre positionnement. Où en est aujourd’hui l’agence créative ?
 
Damien Ronday
: Nous avons profité de ce momentum pour continuer à nous réinventer.
 
Hungry Minds a connu plusieurs chapitres, plusieurs transformations, mais toujours avec le même ADN. Nous avons grandi comme des challengers. Ni Emmanuel, ni Stéphane, ni moi ne venons de longues carrières dans de grands réseaux internationaux. Nous avons construit notre modèle à partir de notre propre expérience et de notre réalité de terrain. Et cette posture de challenger reste extrêmement importante pour nous.
 
Au fil des années, nous avons construit une place solide sur le marché francophone, là où, il faut être honnête, nous n’existions pratiquement pas auparavant. Nous sommes assez fiers de ce chemin. Mais évidemment, nous ne voulons pas nous arrêter là.
 
Historiquement, Hungry Minds était surtout associée aux campagnes publiques et de sensibilisation…
 
C’est vrai. Nos racines se trouvent dans les campagnes publiques, avec beaucoup de missions de sensibilisation. Nous parlions souvent de "Big and Simple Ideas" parce que nous avions développé une vraie affinité pour la transformation de sujets complexes en idées simples.
 
Parler de racisme, de harcèlement ou de sujets sociétaux demande une approche très différente de celle utilisée pour vendre un soda ou promouvoir une marque FMCG, et cette compétence reste profondément ancrée au sein de l'agence. Mais depuis deux ou trois ans, nous avons aussi accéléré notre développement vers le privé. Nous travaillons aujourd’hui pour des marques comme Walibi, Kiabi ou encore, Vache Bleue. 
 
En un mot, nous restons actifs dans le public, mais de manière plus ciblée, tout en continuant à développer des expertises dans la tech et le brand building. Le tout avec ambition claire : devenir un partenaire capable de construire des marques fortes et cohérentes dans la durée.
 
Votre nouveau positionnement s’articule autour de la notion de "truth". Pourquoi ce choix ?
 
Parce que nous pensons que le défi des marques n’a jamais été aussi grand. Nous vivons dans un environnement saturé de contenus, amplifié par l’IA, la co-création et la multiplication des canaux. Tout le monde peut produire du contenu plus vite et plus facilement. Mais produire du contenu n’est pas créer du sens.
 
Notre conviction est que les marques doivent aujourd’hui retrouver une forme de vérité et de cohérence dans leur manière de communiquer. C’est ce qui nous a amenés à développer notre nouvelle baseline et cette idée de "Hungry for the Truth".
 
Nous voulons mettre les dents dans les dossiers jusqu’à trouver cette vérité qui résonne à la fois avec la marque et ses audiences.
 
Cela implique aussi une évolution de votre rôle ?
 
Le défi n’est plus uniquement créatif. Il est aussi stratégique. Nous avons donc renforcé cette dimension en interne. Personnellement, j’opère un glissement de la direction créative vers un rôle de créatif-stratège. L’idée est simple : garder notre vérité créative tout en musclant davantage le conseil stratégique. Parce que c’est devenu un besoin criant chez les annonceurs.
 
Hungry Minds met également en avant une culture d’agence "particulière". Est-ce toujours un marqueur fort aujourd’hui ?
 
Plus que jamais ! Nous fonctionnons autour de trois valeurs qui servent de boussole à Hungry Minds comme à Bright : "Hungry" pour l’ambition, le "well-being" et le "well-doing", c’est-à-dire la volonté de bien faire les choses. Mais ce qui est important, c’est surtout l’équilibre entre ces trois dimensions.
 
Quelle place occupe aujourd’hui l’IA chez Hungry Minds ?
 
Une place importante, et assumée. Nous avons constitué une task force dédiée, avec plusieurs personnes, dont la mission est d’intégrer l’IA dans les process et, surtout, dans la réflexion créative. L’objectif n’est pas simplement d’automatiser, mais de pousser nos capacités plus loin.
 
Malgré vos racines namuroises, vous restez très connectés à Bruxelles…
 
Emmanuel Briard
: Oui, même si la formule a évolué. Nous avions auparavant un bureau bruxellois permanent, notamment parce qu’une partie importante de l’équipe vivait dans la capitale. Après le Covid et l’installation durable du télétravail, nous avons adapté le modèle.
 
Aujourd’hui, nous sommes présents chez Seed Factory, avec une approche plus flexible. Cela nous permet de conserver un ancrage bruxellois, de rencontrer d’autres acteurs de l’écosystème et de garder cette proximité avec le marché. Et cela correspond aussi à l’évolution de nos recrutements, avec davantage de profils bilingues et bruxellois.
 
Un dernier mot ?
 
Stéphane Henry
 : Nous ne voulons pas construire une agence 360 capable de tout faire. Ce n’est pas notre philosophie. Nous préférons réunir des expertises fortes, autonomes et complémentaires, tout en laissant le temps aux rencontres et aux opportunités de se construire. Il n’y a pas de précipitation.
 
Au fond, la seule chose qui ne change pas, c’est la faim : nous continuons à avancer avec la même énergie, la même curiosité et la même envie de faire évoluer nos métiers. Et c’est probablement ça qui nous ressemble le plus.

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