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La semaine vue par... François Charles (Digizik by Havas Play)

Samedi 20 Décembre 2025

La semaine vue par... François Charles (Digizik by Havas Play)

Dans cette rubrique, nous tendons le micro à celles et ceux qui ont récemment occupé le devant de la scène pour partager ce qui a retenu leur attention dans les médias ces derniers jours.
 
Cette semaine, c’est au tour de François Charles, depuis peu CEO de Digizik by Havas Play

 
« Lundi, nous avons enfin annoncé l’intégration de Digizik au réseau Havas, et plus spécifiquement à Havas Play. Un projet sur lequel mon associé Gregory, notre CFO François-Xavier et moi-même travaillons depuis plus d’un an, dans une forme de silence imposé et bien légitime. Notre équipe n’a appris la nouvelle que le jour-même.
 
C’est à la fois une libération et la fin d’un cycle, mais, surtout, un nouveau départ. Notre prochain objectif : réussir l’intégration de Digizik by Havas Play, localement et internationalement, sans perdre ce qui fait notre ADN, tout en faisant profiter nos clients et nos équipes des avantages du groupe.
 
Plus globalement, ces derniers temps, Havas a accéléré ses acquisitions autour de Play. On notera notamment également l’acquisition de l’agence anglaise Bearded Kitten, quelques jours avant celle de Digizik. Preuve à nouveau que Havas ne considère pas la culture comme un gadget tactique, mais comme l’un des piliers stratégiques de son développement. Dans un monde saturé de messages, l’attention ne s’achète pas : elle se mérite culturellement. Et Havas l’a compris depuis longtemps (ça tombait bien pour nous).
 
Au niveau local, les connexions existaient déjà. J’ai eu la chance d’avoir Hugues Rey (le CEO de Havas Belgium, ndlr.) comme professeur à Solvay, il y a une dizaine d’années. Le temps file. À la même période, Netflix lançait ses premiers abonnements en Belgique…
 
Aujourd’hui, le streamer fait face à Paramount dans un duel pour l’acquisition de Warner Bros Discovery. Si l’option Netflix mènerait à une part de marché très, voire trop importante, l’alternative Paramount n’est pas beaucoup plus rassurante pour la diversité et l’indépendance des contenus.
 
Imaginons que ces derniers remportent le deal et concrétisent, dans le même temps, leur ambition d’acquisition de la branche US de TikTok. L’intégration verticale de la production aux réseaux sociaux, dopée à la tech, pour ne pas dire à l’IA, pourrait durablement bouleverser les mondes de la production et de la diffusion.
 
Je pense alors à nos clients Disney, Sony Pictures et RTBF, et je me dis que, finalement, la première option est probablement la plus enviable.
 
Dans tous les cas, le phénomène de consolidation dans le streaming et la production nous interroge sur l’avenir du cinéma, de la diversité culturelle et de la création locale. Y a-t-il encore une place pour un cinéma belge? Les Magrittes reviendront-ils un jour? J’y crois. 
 
Ma semaine aurait d’ailleurs dû commencer dans une salle très belge. Et plus précisément à l’AB, pour assister à l’un des trois concerts sold out d’Oscar & the Wolf et Roméo Elvis. Le sort, et un bon rhume, en ont décidé autrement, mais la symbolique reste forte : peu d’artistes parviennent à rassembler transversalement en Belgique, au-delà des frontières linguistiques, comme peuvent le faire ceux-là.
 
En Belgique, nous devons régulièrement faire face au mythe du public national. Certains continuent de chercher un "auditoire culturel belge" homogène, capable de réagir de la même manière partout. Dans les faits, notre marché est fragmenté, bi-culturel et multilingue. Vouloir parler à tous les Belges d’une seule voix, c’est souvent finir par ne parler à personne.
 
Par ailleurs, choisir un ambassadeur culturel local, nous confronte souvent à un dilemme complexe : investir dans une figure belge internationale, connue sur tout le territoire, mais dont l’audience est majoritairement étrangère et peu affinitaire avec la cible, ou soutenir des talents régionaux ultra pertinents, mais culturellement segmentés.
 
Cette semaine, Ronquières Festival a pour sa part annoncé la venue de Pommelien Thijs. Pas certain que beaucoup de francophones puissent citer un de ses titres. On imagine qu’ils ont compris cet enjeux, et cherchent à attirer plus de néerlandophones au sud de Halle. Les artistes belges semblent plus déterminés à unir la Belgique que nos politiques. 
 
Enfin, l’actualité de la semaine confirme une chose : entre fragmentation des audiences, fin des cookies, difficulté à faire accepter l’IA sur certains formats vidéo (la pub McDonald’s était pourtant très drôle), les marques n’ont jamais autant eu besoin de repères culturels solides. Plus que jamais, le marketing est une affaire de sens, de contexte et de récit.
 
Je suis donc convaincu que nous avons encore de très belles choses à construire. Mais avant cela, je vais prendre un peu de congé. Je vous souhaite une excellente fin d’année à toutes et à tous. »

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