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Élevons le débat au-delà des querelles intestines à la VRT, par Gio Canini (co-CEO, Wunderman Thompson)

Dimanche 2 Février 2020

Élevons le débat au-delà des querelles intestines à la VRT, par Gio Canini (co-CEO, Wunderman Thompson)

Il est temps que la tempête médiatique autour de la direction de la VRT s’apaise et cède la place à une véritable discussion sur la manière dont nous voulons organiser le paysage médiatique flamand.

Ces derniers jours, les problèmes de gestion à la VRT ont fait couler beaucoup d’encre. A la suite du licenciement du CEO Paul Lembrechts par le ministre Benjamin Dall, les syndicats ont paralysé le service public pendant toute une journée. Cette escalade dévoile les conséquences fâcheuses auxquelles peut mener la politisation d’une institution d’utilité publique. Tout cette mise en scène ressemble fort à une mascarade dont on peut regretter qu’elle empêche une discussion de fond sur notre paysage médiatique et le rôle de la radio-télévision publique au sein de celui-ci. Aujourd’hui plus que jamais, il est urgent de resserrer les rangs.

Ces dernières années, le paysage médiatique flamand a connu une transformation radicale. Un vaste mouvement de consolidation a donné lieu à un duopole, tant sur le marché des fournisseurs de contenu (DPG et Mediahuis) que sur celui des opérateurs (Telenet, propriétaire des chaînes de SBS, et Proximus). Les enjeux économiques sont considérables et ont provoqué un quasi-blocage de plusieurs dossiers importants. Les discussions entre les principaux fournisseurs de contenu pour lancer ensemble un Netflix flamand ont fait chou blanc. Tout récemment, DPG Media a annoncé qu’elle se lancerait seule dans l’aventure. Les innovations technologiques des opérateurs suscitent la méfiance. Le lancement de Pickx par Proximus a provoqué un tollé. En dissociant les programmes télévisés des chaînes, l’opérateur hypothéquerait l’ensemble du modèle commercial des radiodiffuseurs (basé sur la publicité).

Parallèlement, le paysage médiatique devient de plus en plus mondial, numérique et diversifié. Les citoyens qui souhaitent s’informer et se divertir sont confrontés à un écosystème très fragmenté. Selon Comparitech, Netflix compterait désormais plus d’un million d’abonnés et réaliserait un chiffre d’affaires de 108 millions de dollars dans notre pays. Facebook et Google capteraient quant à eux plus de 70% des recettes publicitaires belges. Des centaines de millions échapperaient ainsi au marché flamand. 

Face à ces évolutions, un vaste consensus est plus que jamais nécessaire sur le paysage médiatique flamand et le rôle de la VRT au sein de celui-ci. Dans ce contexte, la pantomime à laquelle on assiste au sommet de la VRT est particulièrement regrettable. Vu le caractère "public" de ce service, le monde politique ne peut plus tolérer une telle mascarade.

Tout le monde s’accorde à dire que la VRT a le droit, outre ses fonctions historiques d’information, d’éducation et de diffusion d’un large éventail d’émissions culturelles et sportives, de miser sur un divertissement de qualité. Il suffit de penser à la BBC, qui suit depuis des années la ligne directrice "make the popular good and make the good popular". Le fait que les autorités flamandes, dans leur déclaration gouvernementale, demandent à la VRT de ne pas utiliser de texte écrit sur son site d’information vrtnieuws.be, est proprement aberrant.

Il est urgent de préciser le rôle des entreprises qui ont redessiné le paysage médiatique (les opérateurs), ainsi que la fonction et le financement des radiodiffuseurs publics et privés. Des décisions claires doivent être prises, n’en déplaise à notre monde politique hésitant. 

Le choix crucial qui s’impose porte sur la coopération entre les acteurs privés et publics. 

Selon nous, une telle collaboration doit avant tout viser à soutenir la croissance de l’économie locale. Les radiodiffuseurs publics comme privés sont devenus une pierre angulaire de notre paysage culturel et de notre économie créative. Ce n’est qu’en travaillant de concert que nous pourrons renforcer et développer l’économie créative. Un Netflix flamand ou flamando-néerlandais doit impérativement pouvoir compter sur le soutien de tous les opérateurs et radiodiffuseurs. Sans cela, un tel projet ferait long feu et ne pourrait pas contribuer à doper notre économie créative sur le long terme.

Laissons de côté les considérations sur la pertinence ou non d’offrir des contenus payants. Les consommateurs sont tout à fait disposés à payer pour bénéficier de productions locales de qualité. Nous en voulons pour preuve le succès croissant des éditeurs et services de streaming utilisant un système d’abonnement. Et ceux qui ne souhaitent pas payer accepteront de voir des écrans publicitaires. Dans ce contexte, on peut comprendre les critiques formulées par les producteurs créatifs, les radiodiffuseurs privés et le secteur publicitaire à l’encontre des technologies développées par les opérateurs pour zapper la publicité. 
Nous devons oser mener un débat de fond sur les médias pour définir un niveau d’ambition qui transcende les querelles à la VRT et les disputes sur qui peut ou doit produire, publier et diffuser tels ou tels contenus. Si notre industrie créative veut continuer à s’illustrer, elle doit absolument tabler sur une collaboration féconde entre tous les acteurs du paysage médiatique flamand.

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