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L'IA et rémunération : deux discussions, une seule évolution, par Chris Van Roey (PitchPoint)

Jeudi 10 Juillet 2025

L'IA et rémunération : deux discussions, une seule évolution, par Chris Van Roey (PitchPoint)

L’intelligence artificielle transforme à grande vitesse le fonctionnement des agences de communication - des processus internes aux relations clients en passant par la stratégie, le ciblage, la création et l’optimisation. Les investissements sont impressionnants, les holdings injectent des millions dans la technologie, l’infrastructure et l’expertise IA. L’enthousiasme autour est grand, mais un aspect reste sous-estimé : l’évolution des modes de rémunération.

Dans cette première phase, l’IA apporte principalement des gains d’efficacité, plus de production en moins de temps. Et dans un secteur historiquement basé sur le temps et les ressources mobilisées, cela semble vite se traduire par : « Cela peut coûter moins cher ».

Ce réflexe existe dans le marché : certains annonceurs utilisent l’IA comme argument pour baisser drastiquement les honoraires d’agence. Mais ce raisonnement est simpliste. L’IA et la rémunération des agences sont deux discussions distinctes qui ne s’influencent qu’indirectement.

L’efficacité n’est pas un thème de négociation

En matière de rémunération, nous partons de quatre principes clairs :
  1. L’efficacité d’une agence n’est pas un sujet de négociation au niveau du client.
  2. La rémunération doit être conforme au marché.
  3. Un modèle moderne est également basé sur les résultats ou la production, pas uniquement sur les inputs ou le temps passé.
  4. Il n’existe pas de modèle de rémunération standard. Le modèle doit correspondre à la nature de la collaboration, l'utilisation de l'IA n'étant qu'un élément parmi d'autres.

L’IA ne change fondamentalement rien à cela. Une agence plus efficace bénéficie d’un avantage concurrentiel, ce qui ne se traduit pas automatiquement par une réduction de prix pour le client.

L’IA change le modèle, mais pas la logique

Cependant, à terme, l’IA influencera bel et bien le modèle économique des agences. Cette évolution s’effectuera deux phases :
 
  • ​Phase 1 : Investissements. Les agences investissent massivement dans les outils, l’infrastructure, l’intégration des données et la formation. Ces coûts pèsent sur les marges, sans permettre immédiatement de baisser les prix.
  • Phase 2 : Économies d’échelle. Ce n’est que lorsque l’IA sera largement déployée et rentable à grande échelle que des gains structurels d’efficacité émergeront. Cela influencera le niveau du marché à travers une évolution collective et non de négociations individuelles avec chaque client.

Cette tension entre investissement et pression sur les prix souligne surtout que la bonne question n’est pas : « Où peut-on économiser ? », mais bien : « Quelle est la véritable valeur de cette collaboration ? »

Le paradoxe de la production, là où la diminution des prix est logique

Les principes évoqués ci-dessus s’appliquent principalement aux rémunérations liées à la stratégie, la création et la gestion du compte client. En production - l’adaptation d’un concept créatif à tous les formats et canaux par exemple -, l’IA a un impact immédiat et tangible.

De plus en plus, on observe que ces tâches de production exécutive peuvent être réalisées beaucoup plus rapidement et à moindre coût via des outils IA. Pensez à la génération automatique de bannières publicitaires dans différents formats, au reformatage de contenus SoMe ou à l’adaptation de textes et de visuels.

Il s’agit ici d’une baisse générale des coûts, comparable à de précédentes évolutions telles que la production offshore, mais cette fois, au sein même de l’agence.

Cette évolution fait passer la discussion sur la rémunération à un autre niveau. Pour cette partie des honoraires d’agence, une baisse de prix est effectivement justifiée, à condition que la qualité soit maintenue.

Le véritable impact de l'IA réside dans l'amélioration des résultats

La valeur ajoutée de l’IA ne réside pas seulement dans l’automatisation des tâches, mais dans l’amélioration de la qualité et de la rapidité de production. L’IA permet aux agences de parvenir plus rapidement à des analyses plus approfondies, des stratégies plus aiguisées et des variantes créatives plus nombreuses. Cette accélération conduit à des campagnes mieux fondées et à un impact plus fort.

Il ne s’agit donc pas uniquement de gains d’efficacité, mais surtout de travailler plus intelligemment et de créer davantage de valeur. Les rémunérations devraient alors être moins basées sur le temps, et davantage sur cette valeur ajoutée et les résultats obtenus. Les modèles de rémunération basés sur les résultats et les performances sont ici un cadre approprié.

Ceux qui souhaitent mettre en place un modèle de rémunération transparent et tourné vers l'avenir, trouveront des informations utiles dans la brochure ‘’Remuneration for Success’’, élaborée par PitchPoint en collaboration avec l'UBA et l'ACC.

Vers un nouvel équilibre

L’IA transforme le fonctionnement des agences. Mais cela ne signifie pas que les rémunérations doivent automatiquement baisser. Se focaliser uniquement sur les coûts, c’est passer à côté du vrai changement, de l'input à la valeur, des heures à l'impact.

Dans le même temps, l’IA et les données permettent une plus grande transparence des performances. Les clients exigeront logiquement davantage d’engagement. Mais c’est là aussi qu’une opportunité émerge : les agences qui créent réellement de la valeur grâce à l’IA doivent pouvoir le démontrer et la valoriser.

L’IA n’implique pas une réduction des rémunérations. L’IA appelle à une discussion mature sur la valeur.

La rémunération doit évoluer en fonction de la réalité du marché, en tenant compte des investissements, de la complexité et de la valeur ajoutée stratégique que l'IA rend possible.

Ceux qui misent sur la performance, la transparence et le rendement contribuent à façonner le modèle de rémunération de demain. Et reconnaissent en même temps que l'IA entraîne déjà des changements de prix dans certains domaines, tels que la production.

 

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