Nl


Close

CREATIONS

Il pleut sur Cannes, par Bruno Liesse

Vendredi 24 Juin 2022

Il pleut sur Cannes, par Bruno Liesse

Mais bien heureusement pour la Belgique, il pleut des Lions, aussi. Sur les trois premiers jours déjà, nos agences se sont fortement distinguées par plusieurs trophées de catégorie supérieure : cela fait du bien, aux différents teams, aux clients, au petit marché que nous sommes, et même aux consommateurs. Car tous évoquent le long de la Croisette et même dans les métavers, la possibilité pour les marques et les métiers de la publicité de participer à un monde meilleur. Par une créativité plus juste et toujours surprenante, par notre implication dans les problématiques sociétales et les autres : ça ne manque pas. 

Avoir de vrais stratégies et des tactiques fondées sur des visions meaningful, il est bien question de cela, également dans le filtre des awards. Et c’est tant mieux. En revanche, pendant que nous parlons de la transformation du monde et son travail qui n’en serait qu’à ses débuts (depuis quelques décennies !), les visiteurs du plus prestigieux rassemblement publicitaire semblent avoir bien changé déjà. Nous avions à une époque plus de Ministres de la Santé que de malades du fameux virus, on se souvient de cette formule même pas marrante. Nous aurons bientôt plus de prix que de Belges à Cannes, et ce n’est pas plus amusant. Pour des raisons budgétaires, peut-être, moins de soumissions, peut-être pas. La centralisation au sein des groupes pub ? Sûrement. Du coup, la sur-représentation des Américains et des Anglais est marquante, tant du côté agences que du côté partenaires, s’il faut les appeler ainsi.

Du Palais au Martinez, la plage compte tout ce qu’il existe de Gafam et d'applications émergentes, made in US à l’une ou l’autre exceptions près. Ne vous trompez pas avec le panneau RTL, il s’agit bien de la structure mondiale, elle-même un perdue au milieu de la Californie - nous en avons deux à Cannes cette année, pour les initiés. Nous trouvons quelques apps françaises ou européennes du côté du Vieux Port : espérons que ce ne soit pas prémonitoire de quoi que ce soit. Le Havas Café est toujours bien campé au pied du Grand Hotel, face à la mer, mais sans Belge à bord ou au bar. Il en va de même pour Google ou Facebook, sans paradoxe. 

Le pouvoir est au monde, le monde est au pouvoir. Nos jeunes le savent bien. Si nous rencontrons tant de difficultés à les recruter et les garder, c’est tout simplement parce qu’ils partent. Aux Amériques ou sur la route de l’Orient, aurait-on dit deux siècles plus tôt. Souhaitons que le Festival, lui, ne décide pas de partir pour Singapour, Shanghai ou San Francisco. La douleur d’avoir annulé l’ensemble des événements locaux et internationaux pendant quasiment deux ans devrait aujourd’hui nous ravir de nous retrouver, d’échanger, de nous inspirer et de nous débriefer en fin de soirée. Mais il pleuvait hier donc je suis rentré d’un bon pas, le long des plages digitales où l’on pouvait entendre la même musique, boire le même rosé et probablement entendre les mêmes formules. « It’s been amazing », « you rock guys », « it’s a fantastic job ». Good night.

Archive / CREATIONS