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Le "never normal" de Paul Polman, par Griet Byl (MM)

Dimanche 20 Mars 2022

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Le 17 mars, c'était donc le grand retour attendu du Trends Day de l'UBA en présentiel. L'affluence était grande. Parmi la liste des orateurs, Paul Polman, que nous n'avons bien sûr plus besoin de présenter. Pour ceux qui habiteraient Vénus ou Mars : l’homme a été CEO d'Unilever de 2009 à 2019. C’est lui qui a introduit le fameux Sustainable Living Plan au sein de la multinationale, un projet ambitieux au travers duquel l'entreprise voulait à la fois doubler sa croissance et réduire son empreinte écologique. L’homme d’affaires néerlandais a aussi contribué à l'élaboration des Sustainable Development Goals de l'ONU et accessoirement, il a écrit plusieurs ouvrages sur la question. 

Du coup, Polman est devenu un orateur très demandé. Ses conférences sont d’ailleurs assez disruptives, pas tellement en raison de leur caractère innovant mais parce qu'elles vous laissent immanquablement avec un sentiment de malaise et d’urgence d’agir aigus face aux problèmes auxquels le monde en général et notre profession en particulier sont confrontés.

De but en blanc, sans prompteur ni PowerPoint, avec les seules notes que je l’ai vu prendre pendant le speech de son prédécesseur, Polman a lancé un vibrant plaidoyer en faveur de la responsabilité. Et le lieu s’y prêtait parfaitement selon lui : il qualifie l’UBA de « force de changement » pour les problèmes de notre monde qui ne sont pas technologiques, mais humains (pensez à la cupidité, à l'intolérance, au manque d'empathie, etc.). « Qui se réveillera si nous ne le faisons pas ? », s’est exclamé l’ancien CEO. « Historiquement, nous comptions sur les gouvernements pour agir, mais ces institutions ne reflètent plus la réalité. Or les entreprises ne peuvent pas prospérer dans une société défaillante, pas plus qu'elles ne peuvent rester sur la touche et regarder. Dans l’ancien monde, les banques étaient trop grosses pour faire faillite et les individus s’estimaient trop insignifiants pour faire la différence. Et puis il y a eu le Covid... »

De fait : au cours des deux dernières années, nous avons tous pu constater qu'un collectif est composé d'individus qui, ensemble et à condition de joindre leurs forces, peuvent effectivement créer un mouvement. « Mais nous n'évoluons pas assez vite », a déclaré l'orateur, écartant d’emblée tout soupçon de suffisance. « Supposons que vous aviez l'habitude de tuer dix personnes et que maintenant vous n'en tuez plus que cinq, cela fait-il de vous un meilleur meurtrier ? ».

Right. En d’autres mots, il ne suffit pas d’être durable, nous devons aller plus loin et régénérer le monde par nos activités, devenir « net positive » et participer ainsi à la transformation totale de la société - une incitation qui constitue d’ailleurs le fil conducteur du dernier ouvrage de Polman. « Cet objectif vous donne le courage de faire l’effort incrémental, de fixer les objectifs nécessaires, d'attirer les bons actionnaires », a-t-il déclaré, tout en admettant très sèchement qu’il avait appris entre-temps à quel point il est plus facile d’en perdre que d’en trouver. Avant de plaider en faveur de plus de confiance, de transparence et de comportement cohérent.

« Embrace the never normal », a conclu Peter Hinssen, mais cela n'a pas entièrement apaisé l’eco-anxiety qui nous tanne depuis quelque temps. Ni les craintes de catastrophe imminente inspirées par un fou mégalomane qui menace sérieusement tous nos beaux principes démocratiques européens. Heureusement qu’après le discours de Polman, notre détermination à faire la différence et changer la donne n’a fait que doubler.

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