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Anne-Clotilde Picot (Ikea) : "Mieux vaut mettre l'accent sur ce qu'on peut faire de bien"

Vendredi 11 Mars 2022

Anne-Clotilde Picot (Ikea) :

Il y a quelques semaines, Ikea publiait ses rapports Climate et Sustainability. Le fabricant de meubles suédois y revient sur ses objectifs de réduction de son empreinte climatique et examine de plus près les progrès réalisés. Une bonne occasion de confronter les priorités belges aux ambitions internationales, en compagnie d’Anne-Clotilde Picot, Business Development & Innovation Managerchez Ikea Belgique.
 
Commençons par une question épineuse. Comment l’engagement d’une multinationale commerciale comme Ikea en faveur d’un monde plus durable peut-il être authentique ?
 
Bien, un peu de contexte s’impose. Ikea, dont les racines sont scandinaves, est originaire d’une région agricole pauvre. De ce fait, la nécessité de préserver les richesses naturelles est inscrite dans les gènes du groupe, je pense. D’autre part, nous sommes une grande entreprise, nos activités peuvent donc avoir un impact considérable. Littéralement, par les produits que nous proposons, mais également par le message que nous portons. Par ceux-ci, nous pouvons inciter tant les parties institutionnelles que nos clients à agir en faveur de la durabilité. Cela vaut aussi pour nos propres politique et comportement. Notre champ d’action nous donne la possibilité et la responsabilité de contribuer à bâtir un monde plus durable. 
 
Il est vrai que nous ne sommes pas une ONG mais une société commerciale, et que nous devons par conséquent tenir compte de la réalité économique. Cependant, si nous voulons encore être pris en considération à l’avenir, nous devrons adapter notre modèle et notre façon de travailler. Je pense aux matières premières par exemple. Parce qu’elles sont de plus en plus rares, elles représentent l’un des piliers de notre politique de durabilité. Si nous voulons continuer à vendre nos produits à des prix abordables, nous devrons trouver des alternatives aux matières premières que nous utilisions jusqu’ici. Et investir dans le recyclage et la réutilisation. Nous nous engageons par exemple à ce que, d’ici 2030, au moins un tiers de bois recyclé entre dans la fabrication de nos produits. Aujourd’hui, ce chiffre est de 14%. 
 
Malgré ces efforts et l’image "plus verte" d’Ikea, la méfiance des consommateurs envers les entreprises est importante quand on parle d’engagement écologique. Vous ne craignez pas d’être accusés de greenwashing ?
 
Nous avons eu très peur de cela pendant très longtemps. Nous n’avons donc rien dit pendant longtemps de nos efforts en matière de durabilité. Aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique différente : nous devons faire les choses et ne pas avoir peur d’en parler. La transparence est essentielle à cet égard, tout comme le fait de ne pas affirmer quoi que ce soit qui ne correspondrait pas à la réalité, ou d’admettre ses erreurs et d’y remédier. Je pense donc que nous n'avons pas besoin de nous présenter comme étant parfaits, pour vendre quelque chose qui n’existe pas : ça, ce serait une forme de greenwashing. 
 
Du reste, la cohérence entre ce que nous faisons et ce que nous sommes est cruciale. Ikea se concentre sur la vie à la maison, un sujet pour lequel nous savons de quoi nous parlons, où nous pouvons avoir un impact. C’est donc là-dessus que nous concentrons nos efforts plutôt que de nous éparpiller.
 
Que voulez-vous dire par là ?
 
La vie à la maison est un domaine où nous jouissons d’une légitimité. C’est là que, pour commencer, nous essayons de rendre nos propres activités plus durables et de réduire ainsi notre impact environnemental. J’entends par là aussi les activités de nos employés : aujourd’hui par exemple, 38% d’entre eux se rendent au travail à vélo ou en transports publics. À plus grande échelle, nous devrions franchir d’ici trois ans la dernière étape de l’électrification de l’ensemble de nos livraisons. Autre objectif du même genre : passer aux énergies renouvelables pour tous nos systèmes de chauffage et de climatisation. D’ici 2030, plus aucun ne devra consommer de combustible fossile. La feuille de route pour atteindre ces objectifs est établie, nous démarrons cette année.
 
Nous essayons également, grâce à nos produits, de contribuer à ce que chacun puisse adopter un mode de vie plus durable chez lui. Nous avons ainsi commencé à vendre des batteries domestiques solaires, nous avons cessé la vente de piles alcalines et nous faisons la promotion de l’éclairage LED, pour ne citer que quelques exemples. 50% de toutes les transactions dans nos magasins comptent désormais au moins un produit durable. Pour la nourriture que nous servons, nous nous efforçons aussi de proposer autant d’alternatives végétales que possible.
 
Autre pilier de notre politique de durabilité : l’expansion du circuit circulaire, afin de garantir une plus grande longévité ou une seconde vie aux produits en les réparant ou en les vendant d’occasion. Nos huit magasins de Belgique disposent aujourd’hui d’un Circular Hub et nous avons également mis en place un service Buy back & Resale.
 
Ces objectifs sont particulièrement ambitieux, raison pour laquelle nous les avons subdivisés en objectifs plus petits que nous essayons tous d’atteindre. 
 
Outre vos efforts écologiques, votre rôle sociétal fait aussi partie de vos objectifs de développement durable.
 
En effet, et les possibilités sont multiples. En Belgique, nous avons décidé de nous concentrer sur le logement décent. Tout le monde y a droit, mais ce n’est pas toujours le cas. Nous nous focalisons sur le groupe très vulnérable des jeunes et des familles monoparentales. En 2021, nous avons ainsi soutenu 40 familles monoparentales et 31 centres d’hébergement en leur fournissant du mobilier de base.
 
Nous collaborons également avec la Fondation Roi Baudouin dans le cadre du fonds A Place Called Home, qui a investi environ un demi-million d’euros dans des projets destinés aux jeunes en situation de vulnérabilité. 
 
Et ce que je trouve personnellement très important, c’est le travail de bénévolat interne pour des associations que nos employés effectuent pendant leurs heures de travail. Nous essayons en outre d’apporter notre contribution à une meilleure intégration des réfugiés. Nous avons 27 réfugiés en formation comme stagiaires sur 18 mois, l’objectif étant d’augmenter leurs chances de trouver un emploi au terme de cette période, 16 d’entre eux restant travailler chez Ikea.
 
Auriez-vous un conseil personnel à donner pour mener une vie plus durable ?
 

Chaque geste compte, si petit soit-il. Il n’est pas nécessaire de devenir une pasionaria de l’écologie. Personne n’est parfait, il est important de faire des efforts et de consommer en toute conscience. Posez-vous la question : de quoi ai-je vraiment besoin ? De quoi ai-je envie ? Et comment puis-je concilier les deux tout en respectant l’environnement ? C’est comme ça qu’on œuvre pour le bien de la planète. Il ne sert à rien de répandre la peur, il vaut mieux mettre l’accent sur ce qu’on peut faire de bien.

(copyright photo : Benjamin Brolet)

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