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The King is gone (but not forgotten), par Griet Byl (MM)

Dimanche 30 Janvier 2022

The King is gone (but not forgotten), par Griet Byl (MM)

Neil Young a créé l’événement, menaçant de retirer toute sa musique de Spotify si le service de streaming ne supprimait pas les podcasts du controversé Joe Rogan. Le Loner accuse le populaire animateur américain de podcasts de diffuser des théories conspirationnistes au sujet du Covid et de contribuer à une désinformation dangereuse.

L’OMS s’est exprimée dans le même sens depuis, mais Spotify a refusé de donner suite à l’ultimatum du Canadien qui a donc joint le geste à la parole. Du coup, la quasi-totalité de son œuvre a disparu de la plateforme musicale.

Le fait que Spotify n'ait pas pris en compte de l’exigence du musicien s’explique sans doute par la popularité de Joe Rogan : son podcast était le plus écouté sur la plateforme l'année dernière, avec 11 millions de téléchargements par épisode. 

Non seulement l'homme génère beaucoup d'auditeurs - plus que Neil Young qui en touche six millions par mois - mais son format est aussi un support particulièrement juteux pour les annonceurs. Ce n'est pas un argument insignifiant quand on sait que Spotify comptait plus de 380 millions d'utilisateurs à la fin de l'année dernière, dont environ 220 sans abonnement payant et donc non réfractaires à la publicité. Les recettes publicitaires du service de streaming ont augmenté de manière significative l'année dernière, d'environ 75% au troisième trimestre. Cette hausse est due à une demande accrue au sein du Spotify Audience Network, le programme publicitaire de Spotify pour les podcasts qui représentait plus de 3,2 millions d’épisodes sur la plateforme à la fin de l'année dernière. 

On peut se demander si une plateforme populaire à audience mondiale comme Spotify peut éthiquement faire passer le fric avant le bon sens - « Lies being sold for Money », comme l’écrit Neil Young sur son site web. Se pose également la question de savoir si le droit à la liberté d'expression implique de donner la parole aux "wappies" ou de simplement les ignorer.

Dans le même temps, l’affaire met à jour de façon claire et nette l’impact de services tels que Spotify sur notre vie quotidienne. Ou comment les algorithmes déterminent progressivement et presque imperceptiblement nos goûts et découvertes, et colorent notre perception de la réalité.
 
Qui plus est, la plateforme pourrait décider de passer sous silence l'ensemble du répertoire de tel ou tel artiste ou créateur. Ce qui, dans la plupart des cas, signifierait qu’ils perdraient la plupart de leurs revenus de streaming. Et tomberaient dans l'oubli en l'espace d'à peine une génération.

Les choses ne devraient pas aller si vite, heureusement. Bon nombre d’amateurs de musique possèdent encore des collections d'albums "physiques" dans lesquelles le barde canadien occupe une place d’honneur. Son boycott a d’ailleurs inspiré d’autres artistes à suivre son exemple, comme Joni Mitchell. En attendant d’autres grands noms qui suivront sans l’once d’un doute, même parmi ceux qui n’ont jamais joué à Woodstock. Depuis, le prix des actions Spotify a considérablement baissé et le hashtag #DeleteSpotify devient de plus en plus populaire.

Et si nous sortions nos bons vieux vinyles et CD du grenier ?

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