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Tom Wolfe pour niveau avancé, par Griet Byl (MM)

Samedi 11 Décembre 2021

Tom Wolfe pour niveau avancé, par Griet Byl (MM)

Le Nieman Journalism Lab fait partie de la vénérable Nieman Foundation for Journalism de l'université de Harvard. En tant que tel, l’institut s’applique à réfléchir à l'avenir du journalisme à l'ère de l'Internet. Inspiré par cette mission, le Lab sonde chaque année la crème des journalistes et des grands noms des médias Outre-Atlantique, afin de savoir comment ceux-ci voient l’évolution de leur métier pour les douze mois suivants. Pour 2021, la liste des contributeurs est déjà impressionnante et les opinions exprimées sont variées, touchant au rôle de l'intelligence artificielle, à celui de la presse pour la démocratie menacée et la renaissance du print, pour ne citer que celles-là.

En survolant la page, nous avons été interpelés par la question de savoir si l'objectivité, en tant qu'idéal ultime, ne conduirait pas finalement les journalistes à négliger les choses qui comptent vraiment. L’aspiration à la certitude qu'offrirait cette objectivité semble parfaitement compréhensible à une époque comme la nôtre, où « le doomscrolling fait partie de notre quotidien », explique le Dr Anita Varma, l’auteur de l’article et chercheuse en matière d’éthique des médias à l'université d'Austin. 

Pourtant cette quête d’objectivité absolue détourne trop le journalisme de sa vocation de « service public », dit-elle. Varma considère qu'il est inutile de produire de l’info, de faire du journalisme en se limitant au simple compte rendu des faits : « L'information est, par définition et non par erreur, le produit d'un ensemble de jugements humains sur la signification des événements », écrit-elle. Même le choix des sources citées enfreint déjà au cadre strict de l'objectivité pure, puisque leur sélection implique une série de décisions sur les perspectives qui comptent (et celles qui comptent moins).

D’après la chercheuse qui ne cache pas son engagement sociétal, le journalisme a - un peu à l’instar de la littérature d’après Sartre et sa devise "Parler, c'est agir" - pour mission avec ses récits d'informer le public sur des questions qui peuvent faire la différence, demander des comptes au pouvoir institutionnel et mettre la société au défi de devenir meilleure, au lieu de se contenter de s'occuper d'elle-même. Faire preuve de solidarité avec ceux qui en ont besoin, leur donner la parole et ainsi inciter à l'action, voilà le purpose et la raison d’être du journalisme, d’après Anita Varma.

Ouvre-t-elle dès lors la voie à une réalité qui ne comporterait que des "alternative facts" ? Osons espérer que non ! Un jugement nuancé ne devrait pas faire obstacle à la vérité, et vice versa. Certainement pas dans notre monde polarisé. Il devrait en être de même pour la conviction, l'empathie et l'engagement, même à l'ère de la post-vérité et du storytelling. Du coup, le respect et l'esprit critique semblent plus nécessaires que jamais. Dans notre métier de journaliste et dans celui de nos lecteurs en tant que spécialistes de la communication. Si on se mettait tous à lire "On Truth" sur l’œuvre de Georges Orwell avant de déclarer le débat – civilisé – ouvert ?

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