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Il faut lire Richard Powers, par Fred Bouchar (MM)

Vendredi 5 Novembre 2021

Il faut lire Richard Powers, par Fred Bouchar (MM)

Tout le monde le ressent, d'une façon ou d'une autre : « Le changement de conscience est en cours, on commence à penser qu’il y a d’autres façons d’être au monde, à comprendre que nous ressentons le besoin d’appartenir à quelque chose de plus grand que nous-mêmes, dans lequel on peut entrer en relation avec d’autres personnes, avec d’autres formes de vie. C’est comme s’il y avait une bataille pour sauver l’âme du monde. »
 
C’est le romancier américain Richard Powers, lauréat du Pulitzer avec "L’arbre-monde", qui s’exprime dans une interview au Soir. Il sera à La Monnaie ce lundi 8 novembre à l’invitation de Passa-Porta, pour une discussion-débat avec la journaliste/écrivaine Annelies Beck et le compositeur Kris Defoort, auteur d’un opéra inspiré de son roman "Le temps où nous chantions". 
 
Le dernier livre de Richard Powers vient de sortir et il s’intitule "Sidérations". Et là aussi, il faut le reconnaître : cette sensation de profonde stupeur, nous la ressentons de plus en plus fréquemment... Comme lorsque s'affiche le message Error 404 ou que l'on suit l'actu de la COP26, que l'on peine à trouver la page recherchée ou la solution aux problèmes qui s'accumulent. En dépit ou à cause des technologies, c'est selon.
 
« Comment retrouver le chemin vers l’humain ? », demande le journaliste du Soir à Richard Powers. Par un nouvel humanisme, répond-t-il. « Si on reconnaît que cet humanisme réconcilie l’apport des technologies, de nos connaissances actuelles et les choses que nous savions il y a longtemps. C’est passéiste, dans le sens qu’il nous faut redevenir autochtone, ou dans l’idée du projet Gaia de Bruno Torres, qui plaide pour que nous renouions avec la planète Terre. »
 
Passéiste sans être nostalgique : Richard Powers est convaincu que la technologie numérique a un potentiel formidable pour « recréer de la communauté ». 
 
« Le problème est que dans leur conception ou dans leur gouvernance, rien n’a été mis en place pour éviter que ces plateformes ne deviennent ce qu’elles sont devenues : pour la première fois dans l’humanité, une personne peut entrer dans une communauté sans avoir à y affronter quelque opposition que ce soit à son système de croyances. » 
 
« On y entre avec des valeurs partagées, jamais remises en cause au sein de communautés où il n’y a aucune forme de réglementation. Quand les théories conspirationnistes ont commencé à fleurir, que la calomnie et la peur se sont répandues dans ces communautés, pour contester le résultat de l’élection de Biden par exemple, on s’attendait à ce que les entreprises comme Facebook prennent leur responsabilité. Elles ne l’ont pas fait. Cela n’a fait que renforcer la polarisation des esprits, l’esprit de tribalisme. » 
 
Et de conclure : « Les réseaux sociaux ne créent absolument aucune connexion entre les gens. » Mais ça, on le savait déjà non ?
 
A l’inverse, pour Powers, et on ne lui donne évidemment pas tort, c’est la puissance du story-telling, de la narration, qui permet d’embarquer les gens dans des projets "bigger than us".
 
« Si vous racontez une histoire à une personne, si vous l'invitez à imaginer, à s'identifier ou à participer à quelque chose, c'est une perspective différente. Ils ne peuvent s'empêcher d'être entraînés dans cette histoire », explique-t-il dans une autre (passionnante) interview au Petit Bulletin.
 
« Les psychologues ont montré que parmi les choses qui inciteront une personne à changer d'avis, il y a le fait de simplement commencer - avant de lui demander à quel point elle est attachée à son idée - à raconter l'histoire d'une autre personne dans une autre circonstance et de lui demander ce qu'elle ferait à sa place. Les gens deviennent alors co-collaborateurs, co-auteurs de l'histoire. En les invitant à participer au récit, vous leur demandez d'exercer leur capacité d'empathie. »
 
« Par conséquent, la transformation va devoir passer par l'identification, et l'identification par une invitation narrative. Nous devons trouver de bonnes histoires, et nous devons remettre ce qui est plus qu'humain au coeur de l'histoire. Où l'avenir, aussi menaçant ou catastrophique soit-il, est plein de possibilités. »

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