Nl


Close

MEDIA

Bridge too far, par Griet Byl (MM)

Vendredi 15 Octobre 2021

Bridge too far, par Griet Byl (MM)

L’année dernière, l’Association des journalistes flamands a recensé 2.537 journalistes professionnels. C’était 61 de moins qu’en 2015 et 69 de moins qu’en 2010 (on compare toujours la situation de cinq en cinq ans à cause de la durée de validité de l’agréation). Dans la pratique, les effectifs de la presse écrite sont bien sûr nettement plus élevés, car tous ceux qui vivent de leur plume au sein d’une rédaction ne demandent pas forcément une carte de presse officielle. Toutefois, on peut affirmer sans risque de se tromper que leur nombre connaît un recul structurel en Flandre. La même tendance s’observe d’ailleurs en Belgique francophone.

Il serait simpliste d’attribuer cette baisse uniquement à la vague de concentrations au sein des médias belges, même si celle-ci n’y est sans doute pas non plus étrangère. L’automatisation de diverses tâches journalistiques, le rythme effréné et la charge de travail sans cesse croissante à notre ère digitale jouent sans aucun doute aussi un rôle majeur dans la chute des effectifs.

Outre ces causes tangibles et mesurables, il nous semble que des facteurs plus subtils interviennent également. Prenons, par exemple, la baisse d’estime pour la profession qui a commencé avec la percée du journalisme citoyen et l’essor des réseaux sociaux, où l’absence de connaissance factuelle ne fait pas forcément obstacle au partage massif d’opinions. Ou serait-ce le flux incessant de fake news et la polarisation croissante qui conduisent à une perte de confiance inédite dans les médias traditionnels ? En tout cas, il n’en faut pas plus pour dissuader beaucoup de jeunes de se lancer dans un métier défini par la tâche sisyphéenne de fournir des informations et leur décryptage à une audience de moins en moins ouverte à la nuance.

Dans ce tourbillon numérique, ceux qui essaient quand même d’exercer encore leur profession dans les règles au sein de rédactions en sous-effectif, doivent constamment s’efforcer de faire comprendre que leur travail consiste à recueillir des informations correctes pour les rendre aussi fidèlement que possible. Que l’erreur est humaine et que la rectification normale. Que le droit de regard est logique, mais ne peut pas faire obstacle à la liberté éditoriale. Et qu’un communiqué de presse - aussi utile qu'il soit - n’est pas la même chose qu’un article. 

A ce sujet, n’est-il pas assez incroyable que d'aucuns envoient des informations à la presse pour ensuite exiger que celle-ci fasse signe en cas d’utilisation ? De demander à être averti en cas d’utilisation ? De réclamer l’envoi d’une « prévisualisation » pour approbation avant publication ? Les journalistes n’auraient-ils pas mieux à faire ? Et faut-il s’étonner si dans ce cas, ils osent parler d’advertorial ?

N’est-ce pas schizophrénique de vouloir surfer sur la réputation d’un média à part entière sans en respecter les codes, tout en réclamant le dernier mot sur le contenu de celui-ci, dans un métier qui n’est pas le sien ? A la rédaction nous avons tendance à croire que c’est pousser le bouchon un peu loin. 

Archive / MEDIA