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Réseaux sociaux ou médias sociaux : le débat est plié, par Fred Bouchar (MM)

Dimanche 17 Janvier 2021

Réseaux sociaux ou médias sociaux : le débat est plié, par Fred Bouchar (MM)

C'est un débat presque sémantique, que l’on pourrait s’amuser à faire remonter à "L'origine du monde", parlant du tableau de Courbet censuré par Facebook au début des années 2010, et c'est un débat qui alimente des centaines de pages web. 
 
C'est aussi un débat économique et, de plus en plus, politique et juridique. 
 
La ligne de Zuckerberg a toujours été que Facebook n'est pas un média mais une simple plateforme technique mettant les gens en relation. 
 
Mais, depuis que leur audience se compte en milliards, « on ne peut que constater que les réseaux sociaux structurent les nouveaux espaces publics médiatiques et qu'ils peuvent même contribuer à des manipulations de masse grâce à des techniques de ciblage et de profilage », souligne la chercheuse du FNRS, Antoinette Rouvroy, dans Le Soir
 
Du reste, en décidant d’établir un cordon sanitaire autour de leur tête de gondole la plus emblématique, Twitter, Facebook et consorts ont définitivement tranché : le bannissement de Trump n’est pas le fait technique d’un algorithme mais bien d’une décision humaine, qui s’apparente à un choix éditorial. En cela, les plateformes se rangent définitivement dans la case média (en ce qui concerne notre écosystème pub, nous le savons depuis longtemps).
 
Ce choix éditorial entourant la mise en veilleuse du Twittos le plus célèbre de la planète a aussi suscité un virulent débat sur la liberté d’expression, étonnamment alimenté par quantité de politiciens qui s’indignent que l’oiseau bleu puisse impunément leur clouer le bec. 
 
« Les médias sociaux se retrouvent dans la position délicate consistant à devoir encadrer le débat public en tant que société privée », constatent nos confrères de L’ADN. Ils citent le CEO de Twitter Jack Dorsey : « Je ne me réjouis pas d'avoir banni Trump de Twitter, ni de la manière dont nous avons pu en arriver là. Cela établit un précédent qui me semble dangereux : le pouvoir qu'un individu ou une entreprise a sur une partie de la conversation publique mondiale ».
 
Comme l’ont appris à le faire les véritables newsbrands depuis des lustres, ces plateformes devenues médias sociaux vont devoir trouver le juste équilibre, à la fois pour assécher le déferlement de discours haineux et pour éviter d'être accusés de censeurs. « Il est temps de réfléchir à une écologie des médias sociaux, avec une vraie réflexion sur notre rapport à leurs outils », plaide l’ancien Rédacteur en chef de MM, notre ami Serge Bailly dans La Libre.
 
C’est le bon moment : « Auparavant, les médias sociaux avaient peur de perdre des abonnés, maintenant ils ont peur des poursuites judiciaires », relève dans le même article Charles Voisin, journaliste et auteur spécialiste des Etats-Unis. Voulant dire que, dans ce contexte très tendu, l’éviction de Trump relève avant tout d’une démarche opportuniste. De fait, entre les innombrables plaintes pour abus de position dominante et les menaces de démantèlement auxquelles leurs clientes doivent faire face, les bureaux d’avocat des Gafa peuvent se frotter les mains : eux, c’est sûr, on entendra leur voix en 2021. 

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