Nl
Close

BRANDS

Fortnite peut-il écorner l'image de coolitude de Apple ?, par Fred Bouchar (MM)

Dimanche 23 Août 2020

Fortnite peut-il écorner l'image de coolitude de Apple ?, par Fred Bouchar (MM)

Depuis une semaine, la bataille (royale, forcément) que se livrent Epic Games et Apple bat son plein. Médiatisée par la parodie du spot 1984, les coups de boutoir que tente d'asséner le créateur de Fortnite à la citadelle de Cupertino sont portés par une formidable campagne de RP incarnée par le hashtag #FreeFortnite, laquelle culmine ces jours-ci avec le lancement de la "FreeFortnite Cup" : un tournoi qui encourage les fans à rejoindre la lutte contre l'App Store sur les réseaux sociaux, avant de se retrouver exclus de la prochaine saison du jeu, qui sort le 27 août. Les participants pourront notamment remporter un avatar aux allures de criminel en col blanc, avec une tête en forme de pomme grincheuse à lunettes noires…
 
La FreeFortnite Cup a un intérêt double pour Epic : fédérer ses joueurs afin d’encourager ceux sur iOS de continuer l’aventure sur une autre plateforme et, dans le même temps, les inviter à soutenir sa cause contre Apple. 
 
La guerre est définitivement déclarée, et son déclenchement a été savamment orchestré par Epic.
 
Petit rappel des faits. Le 13 août, l'éditeur annonce une nouvelle méthode de paiement sur Fortnite (bien que le jeu soit gratuit en téléchargement, il est possible de réaliser des achats in-app pour se procurer des V-Bucks, la monnaie virtuelle qui donne accès à certains bonus et personnalisations). Epic annonce que les joueurs pourront profiter de 20% de réduction sur leurs achats en optant pour une solution de paiement alternative ; il explique même ouvertement que cette astuce lui permet d'éviter les 30% de com' en vigueur sur les stores de Apple ou Google ! 
 
Ni une ni deux, Fortnite est supprimé de l’App Store avant de connaître le même sort sur le Play Store. Pire, Apple menace, à compter du 28 août, de couper tous les comptes de développeur d'Epic, à la fois sur iOS et macOS (*).
 
En agissant de la sorte, le créateur de Fortnite savait évidemment que sa créature serait immédiatement sanctionnée, et il avait anticipé sa riposte : dès que le jeu a été supprimé de l’App Store, Epic réagit en quelques minutes seulement pour poursuivre Apple en justice. Idem avec Google, également citée pour abus de position dominante… Pour autant, c'est spécifiquement la firme à la pomme croquée qui est visée (logique, les utilisateurs Android auront moins de mal à se passer du Play Store pour jouer à Fortnite). 
 
L'attaque d'Epic résonne aux quatre coins de la galaxie avec le remake presque plan pour plan du film de Ridley Scott. Apple endossant l'image de "Big Brother" que Steve Jobs et Lee Clow attribuaient à IBM dans le spot de lancement du Macintosh : « Rejoignez la lutte pour que 2020 ne deviennent pas 1984 », scande le film d'animation d'Epic. 
 
Et ça marche : la campagne de Fortnite ouvre une brèche, la fronde contre la pomme prend de l'ampleur, on parle désormais de "taxe Apple" pour évoquer les commissions de l'App-Store. 

Des opportunistes comme Spotify, Tinder et même Facebook rallient les rangs d'Epic. Plusieurs journaux US dont le WSJ, le NY Times ou le Washington Post, regroupés dans l'organisation Digital Content Next, enjoignent Tim Cook d'accorder aux éditeurs des conditions plus favorables sur l’Apple Store ? Evoquant les 15% prélevés sur les abonnés d'Amazon Prime Video, ils demandent les mêmes conditions pour les abonnements numériques vendus via l'App-Store… 
 
Difficile de savoir qui va remporter ce gros bras de fer. Même s’il y a peu de chances qu’il obtienne gain de cause, Epic aura tout de même réussi à ébranler un modèle économique presque aussi vieux que l’App Store et le Play Store, avec une campagne de com' viralisée par la parodie d'un spot culte dans notre secteur, mais que très peu de jeunes connaissaient finalement. 
 
A ce niveau, les dégâts collatéraux en termes d'image ne sont pas à négliger : pour beaucoup de ces jeunes biberonnés à la culture Fortnite, la firme aux $2.000 milliards de capitalisation boursière (presque quatre fois le PIB de la Belgique !) s'apparente désormais à une boîte pas cool, autoritaire et peu innovante, qui représente l'establishment. 
 
Tout l'inverse de l'image que Jobs a voulu lui donner.

(*) Màj. Le 24 août, la juge californienne Yvonne Gonzalez Rogers a statué partiellement en faveur d'Apple rejetant l’ordonnance de restriction temporaire demandée par Epic Games qui aurait pu permettre à l’éditeur de remettre Fortnite et ses mises à jour sur l'App Store, au moins le temps du procès. Pour autant, la juge a interdit à Apple de lui retirer l'accès aux outils de développement pour iPhone et Mac. Cette décision n'est cependant pas permanente : une audience pour une injonction préliminaire prévue pour le 28 septembre décidera si cette mesure pourra être d’application jusqu'à ce que la bataille juridique entre Apple et Epic Games se termine, d'une façon ou d'une autre.
 

Archive / BRANDS