Nl
Close

TRAINING&BOOKS

Lire, lire, lire, et aussi apprendre à voir autrement, par Fred Bouchar (MM)

Dimanche 3 Mai 2020

Lire, lire, lire, et aussi apprendre à voir autrement, par Fred Bouchar (MM)

Alors que nous nous préparons à reprendre physiquement le chemin du travail, après des semaines de « mélange sidérant d'hyperconnectivité numérique et de jachère sociale, d'urgence absolue et de calme apparent », n'avez-vous pas vous aussi éprouvé ces dernières semaines, cette étrange sensation d'être doublement assigné à résidence : dans le temps et dans l'espace ? « Ce sentiment qu'Artaud appelait une "espèce de déperdition constante du niveau normal de la réalité". Le normal se laissant contaminer par l'anormal qui, du même coup, devient peu à peu la norme. » 

Tous ces mots rephrasés sont du physicien et philosophe des sciences, Etienne Klein. Je ne fais pas le malin, je n'avais jamais entendu parler de ce spécialiste de la physique quantique qui a écrit une pelletée d'ouvrages que je ne lirai jamais... Simplement, d'un lien hypertexte à un autre, je suis tombé par hasard sur un long et fulgurant article de sa plume, que je vous recommande de lire jusqu'au bout.
 

Cette semaine, j'ai aussi lu que la ville d'Amsterdam devenait la première au monde à adopter 
le modèle du "donut" dans ses efforts pour créer la ville post-virale... Ce modèle économique cartoonesque que je connaissais pas non plus, a été élaboré par Kate Raworth dans son livre "Doughnut Economics". 
Pour intégrer l'ensemble du vivant et le bien-être comme finalité, elle propose de remplacer la courbe exponentielle de la croissance par un indicateur qui vise la modération, pour nous placer entre deux cercles concentriques : au-dessus du petit cercle qui définit nos besoins sociaux essentiels mais en-dessous du grand cercle qui met en péril notre existence en perçant le plafond écologique.
Au-delà du fond, son choix du dessert favori de Bart Simpson pour illustrer son modèle n'est pas anodin. Kate Raworth insiste sur un élément bien connu de tous les directeurs artistiques : « Plus de la moitié des fibres nerveuses du cerveau sont connectées à notre vision. Nos yeux essayent constamment de produire du sens. » 

De même, cet autre élément tout aussi connu des accros du .ppt : « Les graphiques que nous dessinons reflètent la façon dont nous pensons le monde et nous influencent en profondeur, bien plus que ne le croient les professeurs d'économie », explique-t-elle. « Le cadrage dominant aujourd'hui reste celui de la croissance. C'est la forme que l'on donne au progrès depuis le 18ème siècle. Même lorsqu'elle n'est pas dessinée, elle surplombe implicitement tous les débats. »
 

Jusqu'ici, en ce qui me concerne, je l'avoue, ce genre de réflexion n'aurait jamais vraiment percolé. Mais comme l'écrit Etienne Klein : « l'interruption brutale de la plupart de nos routines a modifié notre perception et notre analyse de la réalité. Pendant cette pause à grande échelle, nous redevenons en quelque sorte "synchrones" avec le monde. » Puissions-nous activer ces fulgurances une fois la touche "start" réenclenchée.

Archive / TRAINING&BOOKS