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Lire, lire, lire, par Fred Bouchar (MM)

Samedi 28 Mars 2020

Lire, lire, lire, par Fred Bouchar (MM)

En ces temps où l'on redevient maître de son temps de cerveau disponible, la lecture est plus que jamais indispensable pour s'aérer les neurones. Celle des romans l'a toujours été pour moi, celle de la presse aussi, mais jamais autant qu'aujourd'hui en ce qui concerne les éditos, opinions, chroniques ou pages débats des journaux (papier - c’est mieux pour se poser et réfléchir 30", je vous assure). Ne fût-ce que prendre un peu de recul par rapport aux vagues incessantes de notifications et breaking news anxiogènes.  

Ainsi, la formidable interview de Caroline Pauwels par Béatrice Delvaux dans Le Soir de ce week-end. La Rectrice de la VUB y parle de la situation « hallucinante » que nous vivons à l'aune de sa propre maladie : « Tout ce qui semblait lointain devient très proche et on réalise - je n’avais pas besoin personnellement de ce "wake up call" - la fragilité de tous les systèmes démocratiques, technologiques. La fragilité de l’espèce humaine aussi (…). Lorsque j’évoquais ma vie avec le cancer, je parlais de "vivre dans des univers parallèles" : quelque chose est là mais on ne sait pas encore comment. C’est la même chose aujourd’hui : on est tous dans ce confinement mais on se demande "quid après ?". »
 
Quid après ? En effet. C’est la question à laquelle chez MM nous allons aussi tenter de répondre dans les prochains jours et semaines, au travers de nos interviews quotidiennes.
 
En attendant, et pour adopter une perspective un peu plus macro que marcom, je voudrais encore vous conseiller deux autres articles : le parallélisme qu’établit Eric Lambin, professeur à l’UCLouvain et à Stanford University, entre le Covid-19 et le climat, ce que nous apprennent ces deux crises somme toute intrinsèquement liées. C’est dans La Libre.
 
Eric Lambin estime que « les pays qui ont adopté un régime capitaliste fortement dérégulé sont les moins aptes à répondre aux crises climatiques et du Covid-19 » : « Le "capitalisme sauvage", centré sur la création de richesse individuelle, tend à négliger le bien public. Lorsque tout va bien, ce régime génère beaucoup de prospérité au prix de grandes inégalités sociales. Lors d’une crise qui affecte l’ensemble de la population, le capitalisme dérégulé se révèle être un piètre substitut à une réponse orchestrée par l’Etat et basée sur la solidarité, qui est la seule solution possible dans de telles situations. »
 
Il note aussi que « le vrai danger pour l’humanité vient de plusieurs crises simultanées qui, à l’origine, sont indépendantes mais se renforcent mutuellement par des effets en cascade » : « Covid-19 va profondément endetter les Etats, ce qui les rendra peu capables de financer une politique climatique à la mesure de l’urgence. La pandémie augmente la volatilité des marchés boursiers et le risque d’une récession qui affaiblira davantage la capacité budgétaire des Etats à éviter une crise climatique. Les guerres commerciales initiées par Trump ont perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales, dont la diversité est pourtant source de résilience économique. Les flux migratoires massifs entraînés par des conflits géopolitiques et le changement climatique deviennent des désastres humanitaires à cause des fermetures des frontières, que la crise du Covid-19 a légitimées aux yeux des dirigeants nationalistes. »
 
Ce qui fait écho à l’analyse que pose Harari dans le Financial Times. L’historien et penseur israélien note que deux choix importants se posent à nous face à cette crise sanitaire : choisir entre le nationalisme isolationniste et la solidarité globale, et choisir entre la surveillance totalitaire (des data) et l’empowerment citoyen.
 
Si vous pensez que tout cela est fort éloigné de nos métiers, c'est peut-être le moment d’en changer. Vous avez tout le temps d’y réfléchir.

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