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CREATIONS

Confinement rime-t-il avec créativité en berne ?

Mercredi 25 Mars 2020

Confinement rime-t-il avec créativité en berne ?

Pour tenter de répondre à cette question, qui nous taraude depuis le début de la crise, nous avons tout d'abord demandé à plusieurs Directeurs de création en agences, comment ils s'étaient concrètement organisés, voire réinventés structurellement parlant, pour répondre à l'obligation de rester chez eux tout en restant performants ?

Partant de l'idée a priori reçue qu'une agence n'a pas vocation au télétravail.
« Nous misons désormais tout sur un seul outil : Microsoft Teams », se lance tout d'abord le CD de DDB Brussels, Kwint De Meyer.

« Depuis le début du confinement, toutes les réunions se font par vidéoconférence. Par ailleurs, nous limitons au maximum les échanges par e-mails et nous les regroupons autant que possible. Enfin, WhatsApp est également l'un de nos grands alliés pour partager rapidement l'inspiration. »
« A ce stade, le seul inconvénient que je vois, c'est au niveau des brainstormings, pour lesquels il ne faut pas prévoir trop de participants, sinon, paradoxalement, c'est le silence radio assuré », ajoute-t-il.

Autre agence, même outil et solution (ce sacré Bill mérite manifestement sa bonne fortune) : « Pour se tenir au courant, analyser, planifier, présenter, nous utilisons Microsoft Teams », abonde la CD de Darwin, Klaatrje Galle.
« Le chat vidéo et le partage d'écran sont également devenus incontournables pour les modifications en direct lors des reviews créatives. »

« Pour le reste, le confinement a également du bon, puisqu'en dehors de ces connexions, chacun peut travailler tranquillement à son rythme. Sans être dérangé, du moins par un collègue. C'est le premier enseignement que je tire de cette situation. »
« En temps normal, il m'est impossible de répondre aux e-mails avant 19h au plus tôt. Aujourd'hui, je le peux sans aucun souci. Idem avec les réunions via chat vidéo. Elles vont plus vite à l'essentiel, parce que chaque participant est plus concentré et efficace. Bref, tout se passe très bien jusqu'ici. Même si je sais que nous nous manquons tous énormément les uns les autres, au contraire des embouteillages. »

Chez LDV United, la Best Place to Work à la récente AOTY, on a logiquement étudié la question en pensant évidemment d'abord à l'humain. « Notre priorité était de donner à chacun de nos collaborateurs le plus grand confort possible malgré cette situation inédite », explique Dries de Bruyn.
« A notre rythme et avec le soutien technique dont nous disposons, nous tâchons à optimiser au mieux la situation personnelle de chacun, c'est-à-dire d'obtenir le meilleur équilibre possible entre vie privée et professionnelle », ajoute-t-il 

« Cela nous permet non seulement de continuer à nous inspirer fortement les uns les autres, mais aussi de nous tenir au courant de ce qui se passe dans la vraie vie. Ce qui reste notre plus grande inspiration. »
« Mieux, maintenant que par nécessité, tout le monde, à tous les niveaux, connaît une réalité et des limites techniques communes, nous constatons même que les processus créatifs se réinventent ! »

Chez Happiness, Innovator Agency à la compétition précitée, le monde avait déjà changé bien avant le Covid-19, si l'on en croit Geoffrey Hantson. « Nous étions déjà dans une configuration "100% de liberté, 200% de responsabilité". Ce qui signifie que nos collaborateurs peuvent travailler où et quand cela leur convient le mieux. »
« La technologie est incontournable. Elle nous permet d'organiser des "stand-ups" numériques quotidiens entre les équipes. Nous avons aussi défini quel support utiliser pour les réunions en comité restreint et quel autre pour celles qui exigent la présence d'un plus grand nombre de collaborateurs. Et tous les jours à 16h, malgré la distance, nous avons conservé notre "fika cultuur" - notre break café/thé & cookies -, et chaque soir, un board meeting par écrans interposés. »

Tout l'art de répondre à l'appel
Lisiblement, Coronavirus ou pas, les Directeurs de création ne semblent pas trop perturbés dans leurs habitudes. Qu'en est-il des créatifs ? Arrivent-ils à jouer aussi bien au ping-pong à distance ?

« En soi, le télétravail est une très bonne chose », avoue Antoinette Ribas. « Non seulement nous désengorgeons les villes, mais en plus nous pouvons mieux nous concentrer qu'au bureau ! Personnellement, j'ai énormément de difficultés à me concentrer dans un paysager, comme c'est le cas chez Ogilvy Social.Lab. Je suis une hyperactive et cette configuration est donc pour moi une source de distraction extraordinaire... » 
« Plus sérieusement, les conditions de homeworking actuelles sont assez particulières : ce n'est pas un choix délibéré, mais une obligation, ce qui change un peu la donne. Vous n'avez pas non plus l'autorisation de travailler avec votre moitié créative à domicile, chacun doit rester confiné chez lui. Pour le moment, c'est vivable, mais à long terme, ne pas avoir Greg (Ginterdaele, ndlr) en face de moi pour échanger, se challenger et s'inspirer mutuellement de vive voix, va finir par cruellement me manquer. »
« Avec tous les outils mis à notre disposition, le télétravail n'est pas un handicap pour travailler au niveau créatif », assure Gregory Verheyleweghen (BBDO). 
« A la limite, nous communiquons même encore plus que dans nos open-spaces avec notre casque audio sur les oreilles. Par contre, et c'est là où cela pourrait être un handicap, cette situation nous sort de nos procédures habituelles, aussi bien en interne que vis-à-vis de l'externe, puisque manifestement tout le secteur fonctionne un peu au ralenti. Ce qui complique un peu tout, mais je pense que nous allons tous vite rebondir. »
« Le télétravail a évidemment un impact sur la façon de travailler, mais pas nécessairement un impact négatif », conclut Pieter Claeys (Happiness). « Je crois fermement qu'il faut briser la routine pour arriver à de nouvelles idées et à de nouvelles perspectives. Quelque part, cette façon de travailler est une bonne chose. Notamment parce qu'elle élimine déjà les réunions superflues et le temps perdu dans les embouteillages. C'est un retour à l'essentiel et au calme et, avec eux, à plus d'attention pour les idées en elles-mêmes. D'ailleurs, sans une vidéoconférence, notre campagne "Video Call Art" pour VOO n'aurait jamais vu le jour. »

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