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Et vous, quel est votre degré d'intolérance à l'incertitude ?, par Fred Bouchar (MM)

Samedi 29 Février 2020

Et vous, quel est votre degré d'intolérance à l'incertitude ?, par Fred Bouchar (MM)

« La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute », disait Desproges. 
 
L'intolérance à l'incertitude est une tendance à trouver inacceptable la possibilité qu'un événement négatif puisse se produire, quelle qu'en soit la probabilité. Elle est considérée, dans certains modèles cognitifs, comme une composante centrale de la tendance à l'inquiétude et à l'anxiété. 
 
Je lisais récemment sur emarketing.fr que l'intolérance à l'incertitude pouvait se décrire comme le fait d'imaginer les pires scénarios. On en revient au storytelling : imaginer que ces scénarios pourraient se produire malgré leur très faible probabilité… « Comme le scénario est le fruit de l'imaginaire, aucune preuve ne peut être apportée que cela n'arrivera pas. » Le pire devient possible et par ricochet, il devient impossible de chasser cette pensée de l'esprit. « L'intolérance à l'incertitude provoque donc une anxiété que les gens cherchent à réduire par l'évitement, des vérifications compulsives, des questions récurrentes... Ces comportements ne résolvent pas problème ! Pire, ils peuvent contribuer à alimenter l'incertitude, faisant devenir l'individu anxieux face à des situations de plus en plus banales. En même temps, ils consomment beaucoup d'énergie, pouvant mener à l'épuisement mental et physique. »
 
C’est un peu que nous vivons avec le Coronavirus. Loin de nous l’idée de "banaliser" cette épi- ou pandémie (on s’y perd un peu dans les définitions). Mais si l’on se focalise sur son traitement médiatique chaotique et de plus en plus scénographié - j’ai une pensée émue pour ces courageux reporters TV affublés d’un masque qui arpentent la piazza del Duomo -, il faut admettre qu’il suscite un sentiment au minimum anxiogène qui contribue au cercle vicieux décrit ci-avant.
 
A ce propos, si vous ne l'avez pas vu, on vous conseille le film "Contagion" de Soderbergh : sorti il y a un peu moins de dix ans, Netflix l'a remis opportunément en bonne place dans sa "playlist". Visionnaire, Soderbergh y raconte la confusion des images et des messages qu'entraîne la propagation d'un mystérieux virus dans notre société globalisée parasitée par les fake news. A l'époque de sa sortie, le teaser du film disait : "Rien ne se propage mieux que la peur". On pourrait biffer le mot "peur" par "incertitude", ça ne changerait pas grand chose. 
 
En marketing, l’incertitude est pourtant un levier souvent utilisé pour optimiser les conversions, doper les ventes et fidéliser les clients. Par rapport à celles dont le contenu est connu, il a été démontré que proposer des offres à récompenses incertaines était plus efficace parce que ce type d’offre rend l’expérience d’achat plus excitante. 
 
Paradoxe, dans la vraie vie, l'incertitude du Covid-19 paralyse plus qu'elle n'active. Enfin, façon de parler quand on voit les bourses mondiales piquer du nez et l'économie mondiale se prendre une quinte de toux qui nous rappellent les heures sombres de 2008.
 
Mais pourquoi s'affoler de cette grippe 2.0 dont la dangerosité reste minime au regard d’autres maladies ou catastrophes beaucoup plus meurtrières, s'interrogeait récemment le toujours passionnant Up'Magazine. Réponse de nos confrères : parce que le danger imaginé a plus de force que le danger réel et que nous sommes entrés dans l’ère de l’incertitude. « Nous voici dans une nouvelle géopolitique du risque. Il s’agit ici de mettre en lumière une logique selon laquelle ce n’est plus la preuve et la rationalité, mais l’incertitude qui porte la force politique de l’action et de la réaction. Autrement dit, la preuve du danger passe au second plan par rapport à la possibilité du danger. Le danger imaginé a plus de valeur que le danger réel. » Tout est dit.

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