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L'équilibre entre travail et vie privée ? Une notion dépassée, par Petra De Roos (Managing Director, LDV United)

Vendredi 14 Février 2020

L'équilibre entre travail et vie privée ? Une notion dépassée, par Petra De Roos (Managing Director, LDV United)

Mon sens de la justice a toujours été très aigu. C’est là un héritage de mes géniteurs que je chéris particulièrement. Mais la manière passionnée, parfois à la limite du militantisme, de m’insurger contre les injustices est également inscrite dans mon ADN.

Mon nouveau cheval de bataille ? Recadrer le débat sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. 

Tout d’abord, les termes sont mal choisis : on oppose le travail et la vie privée comme s’il s’agissait des deux protagonistes d’un duel apocalyptique. La bataille qui doit être livrée pour résoudre le grand problème de notre époque. Or, je suis convaincue que nous nous trompons de débat. Le travail et la vie privée sont mis en scène comme des rivaux alors qu’ils ne le sont pas le moins du monde.

« Tout doux, Petra, ne t’emballe pas comme ça », penserez-vous sans doute. « Ce n’est qu’une façon de dire, après tout. » Eh bien, je n’en suis pas si sûre. Les mots forgent notre culture, ils déterminent notre rapport aux choses, notre perception du monde. Or, chacun sait à quel point la perception a tendance à remplacer la réalité de nos jours. Nous stigmatisons le travail, alors que celui-ci devrait jouir du droit de défense garanti par la constitution.

Il faut que les choses changent à l’avenir, sans aucun doute, vu les mutations radicales subies par le travail au cours des dernières décennies. Plus personne ne doit ramper sous des métiers à tisser au péril de sa vie. La plupart des gens jouissent d’une assez grande liberté pour planifier leur travail, mais ils doivent aussi apprendre à gérer cette liberté. Or, ce n’est pas toujours évident, que ce soit pour les employeurs ou pour les employés. Mais notre attitude à l’égard du travail est déterminante pour l’image que nos enfants s’en feront. Bien sûr, le boulot n’est pas rose tous les jours, mais on peut en dire autant de l’école ou de la vie familiale. Même les vacances (n’en déplaise aux accros d’Instagram) ne sont pas aussi idylliques que nous aimerions le faire croire. Mais tant que nous continuerons à parler, par exemple, d’une « pension durement gagnée » (nous revoilà avec notre stigmatisation du travail), cela ne donnera pas une image très brillante du temps avant la retraite…

Je vois toutefois d’autres réalités. Des gens qui, après avoir perdu un être cher, sont heureux de retourner au travail pour pouvoir reprendre le cours de leur vie et donner un sens à leurs journées. Une collègue qui, le dernier jour avant son congé de maternité (un bébé est toujours un heureux événement attendu avec impatience), envoie un mail en interne disant : « Vous allez me manquer pendant ces trois mois. » Je pense que le travail renferme plus de joies que nous voulons bien l’avouer. Et qu’il n’est pas nécessaire d’en parler en termes conflictuels.

Je ne voudrais pas me contenter ici d’exposer un problème. Mes géniteurs (un couple formidable) m’ont encore légué un autre trésor, à savoir le conseil de toujours essayer d’apporter une solution quand on critique quelque chose. J’ai donc une proposition à vous faire. Je voudrais introduire le concept d’équilibre de vie.

Oui, l’équilibre de vie. Parce que notre existence est tissée de mille et une choses et évolue sans cesse. Nous apprenons, mangeons, aimons, faisons la fête, partons en vacances, élevons nos enfants, et bien sûr nous travaillons. Nous éprouvons du plaisir et de la tristesse, et toute une palette d’autres émotions, que nous partageons autour de nous. L’équilibre de vie n’est pas une réalité figée, parce que notre existence est sans cesse en mouvement, et notre travail devrait l’être tout autant. Telle devrait être la nouvelle perspective : partir de la phase dans laquelle chaque personne se trouve pour chercher à établir son meilleur équilibre de vie. Car cet équilibre n’est pas le même pour un jeune de vingt ans que pour un quadragénaire, par exemple. Et c’est tant mieux.

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