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MEDIA

Umami, par Griet Byl (MM)

Dimanche 17 Novembre 2019

Umami, par Griet Byl (MM)

Selon la dernière étude MediaNest, la télévision reste le média avec lequel les jeunes enfants entrent en contact le plus tôt et le plus souvent, généralement au cours de leur première année de vie. Au-delà du temps qu’ils passent devant l'écran, cette fascination précoce pour le tube cathodique n'a rien de nouveau : la télévision est utilisée depuis plusieurs décennies comme "shut up toy" à des moments-clés de la vie familiale : avant le dîner, au réveil pendant la semaine et le dimanche matin entier. Ce qui a même donné lieu à la naissance du terme "Samsonsexe", en référence à la célèbre émission de Studio 100…En tant que "maison de confiance", la VRT est en effet la première chaîne à laquelle papa et maman confient leur progéniture sans souci, pour avoir la paix pendant une heure ou deux. Brand safety avant-la-lettre et bonne illustration de la manière dont la chaîne publique prend à coeur sa mission d’inspirer et de connecter tous les Flamands.

Blague à part, cette même VRT qui initie donc depuis des décennies nos chères têtes blondes dans les merveilles du monde télévisuel, a essayé pendant tout ce temps d'également combiner sa mission éducative aux joies de divertissements plus légers. Tout en gardant son ancrage local, elle a offert une fenêtre ouverte sur les couleurs du monde, laissant la place à des expériences qui n’avaient pas forcément comme objectif de plaire à tout le monde. Légères, indigestes, aigres-douces, amères, avec une dose occasionnelle de piquant : il y en avait pour tous les goûts, dans une palette de saveurs variées, avec des classiques tels que "FC De Kampioenen", des ovnis tels que "Container" ou "Cobra TV" et des tubes comme "De Ideale Wereld" ou "Mag ik u kussen" ?

Hélas. Si cela dépend de notre nouveau gouvernement flamand, le glas a sonné pour ce genre de télé bariolé. La VRT doit faire des économies, quelque 44 millions d'ici 2024, si vous incluez la non-indexation de la subvention. En même temps, la chaîne publique doit se faire une place dans le futur canon flamand et renforcer les liens avec les Pays-Bas. Parallèlement, en tant qu’organisation média moderne, agile, svelte et puissante, elle doit faire preuve de retenue à l’égard du secteur de la publicité et contribuer à la création d’une offre non linéaire payante axée sur le contenu flamand… Si Paul Lembrechts réussit cette quadrature du cercle, il peut postuler pour le prochain Superman !

Dans la même logique, le reste du secteur culturel flamand revoir ses ambitions à la baisse avec 17 millions de subventions en moins. Bizarrement les économies réalisées n’affecteront pas les grandes institutions culturelles établies, mais plutôt les plus petits projets et initiatives. Désastreux pour leur pérennité et pour la représentation de la palette multicolore que représente notre société. « Ces coupes budgétaires dans la culture sont le symptôme d’un phénomène beaucoup plus large », lisait-on dans Humo. « L'argent est accessoire - c’est l’impact culturel qui rend ces économies si graves (…) Jambon sait très bien que ces coupes dans les subventions culturelles équivalent à une décimation de la diversité des points de vue avec lesquels nous pouvons entrer en contact. »

Résultat : un bouilli unitaire et la réflexion que ceux qui ne le gobent pas, feront mieux de se casser. La valise est prête, mais le départ pas encore prévu et la résistance un devoir. 

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