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Le paradoxe tue-l'avenir : l'oeuf et la poule, par Danny Devriendt (IPG Mediabrands)

Samedi 9 Mars 2019

Le paradoxe tue-l'avenir : l'oeuf et la poule, par Danny Devriendt (IPG Mediabrands)

Petit coup de gueule rapide avant de plonger dans la première journée du #SXSW. Doux Jésus, on les connait tous : des pseudo-intellectuels, souvent bien habillés, souvent bien apprêtés, mais avec un processeur légèrement défaillant, qui assassinent n’importe quelle perspective liée à l’avenir d’un cinglant « Oui, mais… » Des adolescents utilisent les réseaux sociaux pour échanger et se rassembler afin de manifester contre le réchauffement climatique : « Oui, mais se rendent-ils compte qu’ils polluent avec leurs smartphones ? » Bill et Melinda Gates financent la lutte contre la malaria : « Oui, mais a-t-on la certitude qu’ils ne sont pas de mèche avec les loups de l’industrie pharma ? » L’importance cruciale de la sécurité et des règles éthiques pour les données personnelles : « Oui, mais la plupart des gens ne s’en inquiètent pas tant que ça. »

Ce « Oui, mais » est un tue-l’avenir. Il permet de jeter ce voile plus ou moins épais sur la conversation en cours. Dans le contexte du SXSW, cela se manifeste sous une forme encore plus vicieuse : le paradoxe de l’œuf et de la poule. Prenons le développement des voitures autonomes : « Ça ne marchera jamais, la paperasse légale n’est pas prête. »

Revenons un instant sur cette supposition : les voitures autonomes seraient donc condamnées à l’échec parce que les législateurs, compagnies d’assurance et tribunaux n’arrivent pas à suivre ? C’est le paradoxe de l’œuf et de la poule : on ne sait pas trop « ce qui doit arriver en premier », et donc (au grand dépit de Platon), « ça ne peut pas arriver. »

L’impasse du carburant automobile propre

Le meilleur exemple en vue, à la une des débats dans la presse et les réseaux sociaux un peu trop près de vous : l’énergie propre.

Alors que la discussion lors de cette édition 2019 du SXSW tourne (à nouveau) beaucoup autour de l’avenir des transports, les critiques aux cheveux coupés bien-comme-il-faut ne tardent pas à mettre leur grain de sel : « Oui, mais avez-vous calculé l’impact des batteries ? L’exploitation du cobalt et du lithium ? » Etc., etc. Ad nauseam.

Comme s’il était impossible de simultanément développer une voiture totalement électrique tout en travaillant sur des routes assurant une production propre, des solutions énergétiques durables et des avancées plus intelligentes pour les batteries.

Habitude

« Les gens n’utiliseront pas les voitures électriques. C’est trop compliqué à recharger. Ça sort de leurs habitudes. Ils ne voient pas l’intérêt. » Revenons à la réalité : regardez la photo ci-dessous. En une décennie, la face du monde a changé, reléguant les attelages et toute l’économie qui y était liée aux oubliettes. En une décennie. L’habitude des voitures n’existait pas. Pas plus que l’habitude de faire le plein. Les permis et textes de lois n’étaient pas prêts. Pourtant, c’est arrivé, parce que ça devait arriver. Les chevaux étaient simplement trop polluants.

Super chargeurs

« Les voitures électriques sont condamnées, il n’y pas de réseau national de bornes de recharge et de super chargeurs. On doit régler ça d’abord. » Vraiment ? Il n’y avait pas de stations-service dans les années 1900. Ni de cinémas. Ni de fast-food. Ni de centres commerciaux. Ni…
Jamais dans l’histoire (d’après la preuve empirique tirée de cinq minutes de recherches en ligne) la non disponibilité d’un réseau n’a freiné le progrès. Au contraire, la plupart des choses auxquelles nous tenons aujourd’hui ont été développées comme un écosystème autour d’une invention : voitures, cinémas, appareils électriques, fast-food…

Le paradoxe de l’œuf et de la poule est donc bien présent. Si de plus en plus de voitures électriques commencent à sillonner les routes, on verra apparaître de plus en plus de bornes de recharge. Puis le plus grand nombre de bornes incitera plus de monde à envisager le passage à l’électrique. C’est un vortex plus qu’un paradoxe.

Batteries

« Les batteries sont faibles. Elles ne répondent pas aux exigences. Elles polluent. Elles sont trop lourdes. On doit régler ça d’abord. » Les premiers moteurs à combustion interne étaient faits d’un métal lourd et robuste, et le nombre de chevaux générés se comptait sur les doigts de la main. Malgré cela, on a construit des voitures sur cette base, et les gens les ont adoptées. 120 ans plus tard, un moteur à combustion interne a une puissance potentielle supérieure à 950 chevaux pour un dixième du moteur à quatre chevaux de 1922.

Entraves et avancées

La réussite des entreprises, des foyers et des nations dépend de leur capacité à aborder tout ce qui entrave leur processus, et à profiter de la moindre petite avancée vers le succès. Il n’y pas vraiment de place dans ce récit pour les « Oui, mais », œufs et autres poules.

Et donc, qu’est-ce qui arrive en premier ? L’œuf ? Ou la poule ?

C’est au fruit qu’on reconnaît l’arbre… J’ai commandé un œuf et une poule sur Amazon. Je vous tiens au courant.

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