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La convergence médias-télécoms : entre rêve et réalité, par Fred Bouchar (MM)

Vendredi 9 Novembre 2018

La convergence médias-télécoms : entre rêve et réalité, par Fred Bouchar (MM)

Jos Donvil, Executive VP de Nethys, en charge du pôle télécoms et médias, dans L'Echo il y a quelques jours à propos des débats entourant le devenir des Editions de l’Avenir : « Sur le marché télécom, le contenu devient de plus en plus important. Or, ce contenu nous l’avons - Be TV, la presse, les magazines - mais nous ne l’avons pas exploité. L’Avenir vend 80.000 exemplaires chaque jour. Ne pourrait-on pas le proposer à nos 800.000 abonnés à VOO ? Cela boosterait la marque L’Avenir. Même chose pour Be TV (…) ou Moustique ou les highlights de la Jupiler Pro League (…) On peut imaginer des abonnements télécoms combinés proposant ces différents contenus en plus, des packages combinant un abonnement à L’Avenir, des blockbusters, les highlights du foot, le tout visible via l’app de L’Avenir, etc. Tout cela n’existe pas, mais c’est dans cette direction que l’on veut aller. »

C’est un fait : la course à la convergence qu’évoque le patron de VOO, s’accélère et se densifie un peu partout pour redessiner l’écosystème des médias et des telcos. Mais cela fonctionne-t-il ? 
 
Ce processus qui revêt des stratégies éminemment protéiformes selon ceux qui l’embrassent, vise en gros à réunir le plus de services possibles en recourant à un minimum de canaux. L’idée n’est pas neuve, surtout aux Etats-Unis. Plus près chez nous, depuis qu’un certain Jean-Marie Messier l’a popularisée, de nombreux groupes ont manifesté des velléités de rapprochement entre ces deux mondes - les télécoms et les médias -, mais beaucoup s’y sont cassé les dents, à commencer par J2M. Récemment encore, Altice a dû faire marche arrière sur ses offres SFR intégrant "de force" des services médias, comme le kiosque numérique SFR Presse, ou des contenus sportifs.
 
Quoi qu’il en soit, cette stratégie de « connected entertainment » chère à John Porter, est à l’œuvre et rien ne devrait l’arrêter. Pour les telcos, la convergence permet la réalisation de nouvelles expériences de vision, là où les médias tablent sur l’activation de leviers additionnels pour pallier à la chute de leurs revenus publicitaires en valorisant et monétisant davantage leurs contenus.
 
A côté des modèles fermés en vigueur du début du siècle, on voit désormais se dessiner des formes de convergence plus "douces", plus ouvertes, susceptibles de répondre aux répondre aux nouveaux modes de consommations des médias. C’est l’option choisie par Proximus qui entend renforcer son positionnement d'agrégateur de contenus - parlant de « l’exposition et la recommandation », pour reprendre les termes de Guillaume Boutin, Chief Consumer Market Officer du groupe.
 
De son côté, compte tenu sans doute de l’ADN de son actionnaire américain et à l'inverse de son concurrent qui s'y refuse, Telenet a choisi d’investir frontalement dans la production de contenus, comme en témoigne la reprise des chaînes TV de SBS. C’est aussi la voie que semble privilégier Nethys. Reste à savoir si l’intercommunale a les moyens de ses ambitions. 
 
Autre question, pour en revenir sur l’actualité débattue cette semaine au Parlement wallon : un groupe à l’ancrage fondamentalement régional comme Les Editions de l'Avenir, qui semble naviguer à vue depuis sa reprise par Nethys, est-il soluble dans la convergence en devenir évoquée par Donvil ? A moins d'envisager en amont une consolidation de la presse francophone - de trois à deux acteurs - comme le préconisait déjà McKinsey en 2015, on peut en douter. 

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