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CANNES LIONS 2018

Cannes est mort, vive Cannes, par Frederik Braem (Brightfish)

Jeudi 12 Juillet 2018

Cannes est mort, vive Cannes, par Frederik Braem (Brightfish)

L’année dernière, la bombe virtuelle placée par le patron de Publicis, Arthur Sadoun, sous le festival de la créativité pour cause de notes de frais excessives avait créé une véritable onde de choc. Concernant les coûts, ce ne sont pas mes mots, mais bien à peu près littéralement ceux de Sadoun. Cannes était devenu trop cher, et en même temps désuet. Avec la technologie qui envahit notre quotidien, est-il encore opportun de dépenser des sommes astronomiques pour payer hôtels de luxe, pass d’accès et soirées mondaines ? Ne vaudrait-il pas mieux investir tout cet argent dans l’avenir ? D’où la décision d’Arthur d’interdire aux agences de Publicis d’envoyer des campagnes au festival et son ordre d’investir ce qui serait ainsi économisé dans Marcel, le petit bijou d’IA qui devait être dévoilé en 2018. À Cannes. Et oui.

Dans tous les cas, cette annonce singulière avait de quoi déboussoler le tout nouveau Directeur Général des Cannes Lions, Jose Papa. Quel avenir donner au festival ? Fallait-il songer à explorer de nouveaux horizons en troquant la Croisette contre Minsk ou Belgrade ? Plusieurs réunions au sommet ont entraîné un changement radical de cap. Trop cher ? On sera meilleur marché ! Trop long ? On durera moins longtemps ! Trop d’awards ? On en décernera moins, mais de meilleurs ! 

Bref, les Cannes Lions allaient être dégraissés, mieux organisés et renouer avec leurs origines. Le résultat ? Curieusement, BEAUCOUP MOINS de gens sur la Croisette. Les chiffres officieux parlent d’une baisse de 20 % du nombre de pass vendus et de campagnes envoyées. Si l’on ne connaît pas exactement l’ampleur de cette baisse d’affluence, je peux vous assurer que c’est la première fois en 10 ans de participation que la Salle Lumière n’a été à aucun moment bondée et qu’il n’a pas fallu faire la queue à l’entrée. De même, à 15h, les réfrigérateurs de la buvette minable du Palais étaient encore remplis de sandwiches au fromage desséchés… C’est cela, l’effet Sadoun ?

Par ailleurs, le brassage de nationalités dans les auditoires et alentour était différent cette année. La Chine, de plus en plus représentée à Cannes, a du faire face à la rude concurrence des États-Unis. On aurait dit que les Américains s’étaient donné le mot pour quitter en masse leur pays ! Ou était-ce pour assister au séminaire (plutôt bizarre, je dois l’avouer) que David « Ross » Schwimmer était venu diriger ? Quoi qu’il en soit, les couleurs rouge, blanche et bleue qui flottaient à Cannes cette année n’étaient pas celles du drapeau français, mais bien de l’altier Stars and Stripes. Si cela n’a pas vraiment d’importance, cela fait quand même réfléchir : la ville de Cannes est-elle encore la bonne destination pour un festival dont la portée s’étend bien au-delà des océans ? 

La réforme du festival n’est visiblement pas encore achevée, et le Cannes que nous avons connu cette année est loin de faire le poids pour garantir la pérennité de l’événement. Le programme était trop faible, les thèmes trop flous et l’orientation générale inexistante. Jose Papa, qui a perdu pas mal de kilos depuis l’année dernière - à cause de la pression qui repose sur ses épaules ? - a donc encore du pain sur la planche. Les Cannes Lions doivent se rajeunir, devenir plus accessibles, supprimer le bla-bla pour se concentrer sur le bon travail. 

Cher Jose, dites aux célébrités de venir plus tôt pour le festival du film (de cinéma) ! Les Lions, ça parle d’avenir, de technologie, de bonnes idées, de profondeur de vues et de campagnes exceptionnelles. 
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Keep it simple and they will come. 

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