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RGPD : la grande désillusion, par Raoul Maris (Gelotology)

Dimanche 10 Juin 2018


RGPD : la grande désillusion, par Raoul Maris (Gelotology)
Cela fait maintenant quelques semaines que le nouveau Règlement général sur la protection des données (RGPD) est entré en vigueur. Sa préparation s’est avérée encore plus désastreuse que pour le passage informatique à l’an 2000. Et ses conséquences plus néfastes en cas de passivité : des procès et des amendes pouvant se monter à des millions d’euros... Voilà des stimulants puissants pour ne pas rester les bras croisés. D’où l’avalanche quotidienne de courriels que vous et moi avons reçus ces dernières semaines pour nous demander de « bien vouloir confirmer, svp, que vous souhaitez encore recevoir notre newsletter ». Sans oublier le nombre incalculable de pop-up sur la confidentialité et les cookies surgissant partout sur la Toile. Ouf, la protection de notre vie privée est garantie. Du moins, en théorie.
 
Si le RGPD est un sigle qui ne vous dit rien, il est à espérer que vous n’avez pas d’entreprise. Car à la moindre newsletter envoyée, ou s’il s’avère que vous avez une base de données clients ou que vous employez du personnel, vous risquez gros. En effet, toute entreprise ou association qui gère des données personnelles doit en tenir un registre, les structurer et les sécuriser. Elle doit aussi permettre leur modification ou suppression. Fini l’envoi d’e-mails non sollicités ou les scandales d’exploitation abusive de données personnelles comme avec Cambridge Analytica. Du moins, en théorie.
 
En réalité, le RGPD est une tempête dans un verre d’eau. La montagne gigantesque de prescriptions pour prévenir l’utilisation abusive des données personnelles se voit aplanie par les simples mots "J’accepte". "J’accepte" de continuer à ignorer ce que vous faites de mes données. "J’accepte" de continuer à négliger les petits caractères. "J’accepte" tout ce que vous voulez du moment que je peux regarder cette vidéo, jouer à ce jeu ou consulter ce site web. "J’accepte" parce que je n’ai pas le temps et que je ne suis pas avocat. Et c’est précisément cette acceptation dont on abuse de nouveau aujourd’hui.
 
Après Cambridge Analytica, le monde entier cria au scandale en constatant que les données à caractère personnel étaient galvaudées par des entreprises comme Facebook. La réalité est toutefois beaucoup plus nuancée. Les personnes dont les informations ont été "dérobées" avaient donné leur approbation - sans s’en rendre compte, certes - en validant les mots magiques "J’accepte". Elles avaient donné leur consentement pour qu’une application puisse utiliser toutes leurs données en échange de deux minutes de divertissement sous la forme d’un test de personnalité. L’app leur avait indiqué qu’elle souhaitait avoir accès à toutes leurs données sur Facebook. De leur situation amoureuse aux photos de leurs animaux domestiques. Et tout le monde a pensé : « Mais bien sûr, aucun problème ! Je peux maintenant participer ? » Nous sommes tous disposés à sacrifier notre vie privée pour le énième quiz du genre "Quel type de peintre italien de la Renaissance êtes-vous ?". 
 
Mais voilà que, tout à coup, ce "J’accepte" est devenu inacceptable. Il fallait protéger les gens d’eux-mêmes. A partir de maintenant, plus possible d’utiliser leurs données sans leur accord exprès. Qui plus est, ces données doivent pouvoir être modifiées, mais aussi supprimées. Plus personne ne pourra savoir que votre situation amoureuse est "compliquée". Du moins, en théorie.
 
Car il s’agit ni plus ni moins d’une politique "J’accepte 2.0". Combien de déclarations de confidentialité avez-vous pris le temps de lire ? Ou de document sur l’utilisation des cookies ? Vous avez d’autres choses à faire. Vous cliquez sur "accepter" pour vous débarrasser de ce pop-up importun. Et pour pouvoir télécharger tel ou tel programme gratuit ou lire l’article qui vous intéresse.
 
Nous restons donc accros aux données. Et aucune réglementation ne pourra y changer quoi que ce soit. En UX, on parle même du phénomène des "dark patterns". Il s’agit d’astuces de design d’interface qui conduisent les gens à faire quelque chose qu’ils n’avaient pas l’intention de faire au départ. Bref, on embobine les internautes. Et, si vous voulez mon avis, il est grand temps que cela finisse.
 
D’accord, nous nous laissons trop facilement tromper. Et nous acceptons sans réfléchir les cookies pour pouvoir passer un bon moment. Au nom de l’humanité : mea culpa. Mais c’est aux entreprises qu’il incombe de mettre un terme à ces pratiques abusives. A cet égard, il existe une vérité universelle en matière de conception de services et produits : donnez aux gens un motif pour dialoguer avec votre entreprise, et ils le feront avec plaisir. Cessons donc de pêcher des données pour engager la conversation. Pas besoin de dark patterns pour ce faire. Donner la préférence aux gens sur les données, voilà qui me paraît tout à fait acceptable.
 
 



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