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Pour Sadiq Khan, les réseaux sociaux sont responsables de menaces de mort, par Danny Devriendt (IPG Dynamic) en direct de SXSW

Mercredi 14 Mars 2018

Pour Sadiq Khan, les réseaux sociaux sont responsables de menaces de mort, par Danny Devriendt (IPG Dynamic) en direct de SXSW

Dire que Donald Trump et Sadiq Khan s’entendent bien serait un mensonge. Le président américain a adressé plus d’un tweet haineux au maire de Londres, critiquant la manière dont Khan a géré les attaques terroristes dans sa ville. Sadiq Khan avait de son côté ravi le monde avec un uppercut bien placé, pour s’assurer que Trump comprenne que le maire de Londres ne se laissait faire par personne, pas même Trump. Les tensions entre les deux ont depuis lors été palpables.Trump doit en bouffer sa casquette Make America Great Again en voyant Sadiq Khan monter sur la scène du SXSW et (il n’y a pas d’autre mot) la retourner. L’avalanche de commentaires, tweets, et tout le buzz autour du discours de Khan ont volé la vedette à l’apparition de Bernie Sanders plus tôt dans la semaine.

Viens me chercher, Trump

Khan est à l’aise. Il lâche immédiatement le pavé dans la mare qu’est la salle de conférence en abordant son différend avec Trump, et l’évident manque de respect que le 45e président des États-Unis éprouve à l’égard du maire de Londres : « Je suis ravi d’être dans le même fuseau horaire que Donald Trump, pour une fois. Cela rend les choses bien plus faciles s’il lui prend l’envie de venir me chercher sur Twitter. »

Khan est direct. Il donne le ton en lisant six menaces directes sur sa personne, six messages qui lui ont été directement adressés sur les réseaux sociaux. Les tweets sont malveillants, racistes. Les messages le condamnent même à mort, allant jusqu’à lui demander de se faire sauter et de "prendre les vierges".
Khan a de l’envergure et il prend de la place, en lisant les tweets, un par un, avec un sérieux contrôlé. Ecrire que le public était choqué serait un euphémisme. Ecouter ces messages d’insultes était plus que douloureux.

Honte à vous, Facebook, Twitter, YouTube !

Khan est clair. Il accuse les plateformes de réseaux sociaux pour leur manque de réaction, et pour leur incapacité ou manque de volonté au moment de prendre des mesures afin d’endiguer sur leurs plateformes respectives le flot de haine et d’attaques racistes ainsi que la diffusion de fake news, les actes de harcèlement offensant et la propagande directe contre des personnes. Khan prévient que des messages comme ceux qu’il reçoit sont une réalité du quotidien pour les enfants, jeunes et adultes issus de minorités. « Vous imaginez l’impact qu’une telle haine a sur votre développement ? Sur votre confiance en vous ? Sur la façon d’envisager vos choix de carrière ? Sur votre vision du reste de votre vie ? »

Khan ne s’encombre pas de regrets. Il faut plus que du cran, il faut des couilles en béton armé pour monter sur la scène d’une conférence qui a toujours défendu la liberté de tout, dans la plus étrange des villes du Texas, au pays de la liberté, et exiger une règlementation. Avec toutes les compétences, toutes les données, tous les logarithmes et les abondantes ressources dont disposent ces entreprises américaines, elles devraient s’investir davantage dans ces problématiques qui les rendent malsaines, en supprimant à la source la propagation de la haine, de l’intolérance, des fake news et du racisme, avant que tout ça n’envahisse leurs plateformes.

Khan est menaçant. Lui-même utilisateur fréquent et passionné des réseaux sociaux, il souligne qu’il apprécie les nombreuses manières positives grâce auxquelles les plateformes de réseaux sociaux permettent aux utilisateurs de se connecter à leurs amis et leurs proches. Il aime la façon dont ces plateformes aident à bâtir des communautés et à donner d’infinies possibilités de partager, parler, interagir et créer.

« Il reste néanmoins extrêmement important de garder à l’esprit la manière dont ces mêmes réseaux sont utilisés pour diviser les communautés partout dans le monde. Le pouvoir des grandes plateformes sociales implique d’énormes responsabilités. Les entreprises technologiques doivent comprendre l’impact qu’elles ont sur le monde aujourd’hui, et assumer les conséquences. »

Réglementer ou être réglementées

Khan ne fait pas de quartier. Il souligne que si Facebook, Twitter, YouTube et tous les autres ne prennent pas ces évidentes problématiques au sérieux et ne commencent pas à prendre les mesures nécessaires, ça leur coûtera cher. Si l’industrie ne veut ou peut pas se réglementer toute seule, Khan propose (pas si gentiment que ça) de le faire pour elle.

Si les plateformes sociales ne sont pas capables d’agir immédiatement (ou plutôt pas enclines à le faire), elles devront faire face à une règlementation imposée par les gouvernements et institutions partout dans le monde. Si d’autres pays suivent l’exemple de l’Allemagne, qui a commencé à faire payer des amendes allant jusqu’à 50 millions d’euros à tous les réseaux sociaux qui ne retirent pas les contenus abusifs, intrusifs et racistes dans les 24 heures après leur détection, les plateformes pourraient bien se retrouver en eaux vraiment troubles.

« J’ai le plus grand respect pour la liberté d’expression », affirme Khan. « Et j’espère vraiment qu’on n’en arrivera pas là. » Mais pour lui, la liberté d’un individu s’arrête là où commence celle d’un autre.

Personne n’est au-dessus des lois

Khan vise les lois. Les citoyens de par le monde sont protégés contre le racisme, l’intolérance, les menaces de mort, etc. au travers des lois. Khan adresse ses reproches tant aux entreprises technologiques américaines (qui ne les respectent pas) qu’à l’administration de Trump (qui ne les fait pas respecter).

Khan est plus qu’un maire. Il rayonne de l’éclatante confiance, de la puissance et du charisme empreint de respect qui font un vrai homme d’État.

Khan montre de la plus douloureuse des manières à Trump que ça n’est jamais une question de taille.

C’est une question de principes.

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