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Jobs, jobs, microjobs, par Bart Cattaert (MM)

Dimanche 5 Novembre 2017

Jobs, jobs, microjobs, par Bart Cattaert (MM)

Dans le superbe film "Les Moissons du ciel" de Terrence Malick (1978), dont l’action se déroule au Texas, juste avant la Première Guerre mondiale, Abby et son amant Bill - qui se fait passer pour son frère - s’éreintent chaque jour au travail comme saisonniers dans les champs de blé. A la fin de l'une de ces longues journées de labeur, le fermier reproche durement à Abby d’avoir gâché 12 meules de blé et décrète qu’il retiendra trois dollars sur son salaire. La jeune fille se contente de hausser les épaules.

Cette scène me fait penser - sans vouloir faire de comparaison entre les deux époques - à ce qu’une connaissance me racontait dernièrement sur son emploi de gratte-papier pour un magazine en ligne spécialisé dans l’actualité du foot. Les articles de ce site "informatif" sont de véritables pièges à clics et la publicité est probablement programmatique. Humainement parlant, la quantité prime sur la qualité : les journalistes ont trois heures pour pondre 14 articles. Et ce, pour une rémunération de 10 euros de l'heure, sous un pseudo-statut d’indépendant chez Smart. Ceux qui ne respectent pas le quota fixé par l’éditeur et ne remettent "que" 12 copies, se voient déduire une heure de salaire.

Et les nouveaux acteurs technologiques tellement admirés ? Ils ne font pas mieux. Dans De Morgen, Bart Eeckhout écrit cette semaine que le temps est venu de boycotter Deliveroo, après l’annonce par la start-up britannique qu’elle n’allait plus payer ses coursiers à l'heure, mais par repas livré, sans assurance ni constitution de droits sociaux, et encore moins de statut. Dans la pratique, cela revient à dire que ces coursiers devront pédaler encore plus fort, mais pour gagner quelques euros de moins. La journaliste Amandine Cloot du Soir a voulu en avoir le cœur net et a accepté pendant une journée tous les microjobs trouvés à travers diverses applications. Au terme de cette journée de travail, elle a obtenu un salaire net de 26 euros. Comme quoi, le caractère rétrograde du progrès technologique devient de plus en plus évident...

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