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OFFF Barcelona 2017 : le choc des civilisations, par Peter Lissens (CD, Supermachine)

Jeudi 20 Avril 2017


OFFF Barcelona 2017 : le choc des civilisations, par Peter Lissens (CD, Supermachine)
"It was the best of times, it was the worst of times", écrivait Dickens. Les organisateurs du festival OFFF Barcelona ont réussi le tour de force d’accumuler les clichés en les confirmant et démentant à la fois, et ce, dès avant le coup d’envoi de l’événement. Lors de celui-ci, nous avons assisté à une espèce de choc des cultures, qui a suscité en nous des sentiments partagés et nous a laissé quelque peu sur notre faim.
 
Les premiers exposés ont d’emblée donné le ton : la mauvaise diapo pour commencer la présentation, des illustrations ou animations soudain disparues, à la grande consternation de l’orateur... Le premier intervenant, Adam J. Kurtz, forcé de jouer le rôle d’underdog entertainer, a heureusement réussi à sauver la situation grâce à son charme, son charisme et sa capacité à relativiser. 
 
En même temps, sa présentation s’est vite avérée une illustration exemplaire de celles qui allaient suivre au cours de ces trois journées : une foule d’anecdotes et de propos futiles, sans véritable vision ni philosophie, et un air de dire que « tout ça nous dépasse un petit peu ». Par chance, Kurtz possède de bonnes aptitudes de présentation. Ce qu’on ne peut pas dire de la plupart des autres orateurs - certains charmants d’ailleurs - dont les propos confus se résumaient souvent à dire : « Nous avons fait ceci et cela... Ah oui, et ça aussi. »
 
Au fond, OFFF Barcelona est un festival où l’on vient étaler ses réalisations. Chacun présente le fruit de son travail, sans l’enrober dans une vision cohérente. Certes, beaucoup de ces campagnes ne manquaient pas d’intérêt, mais on aurait tout aussi bien pu les visionner en ligne, ce qui nous aurait épargné les bafouillages inutiles. Car le charme ponctuel exercé par l’incompétence a vite atteint ses limites...
 
Le "mérite" de ces trois journées à Barcelone a sans doute été de mettre en lumière - sans le vouloir - un écueil qu’il convient d’examiner attentivement. En dépit de toutes les philosophies à 360°, tendances et courants iconoclastes, force est de constater qu’il existe encore et toujours - dans les esprits et dans la pratique -, un mur quasi imperméable entre la communication et la publicité d’une part, et le design et les disciplines connexes, d’autre part.
 
S’il est indéniable que la qualité était au rendez-vous, celle-ci était trop souvent le résultat d’une "monoculture créative". Chacun ressemblait à un paysan cultivant ses propres légumes sur son petit lopin de terre, sans se soucier de ce qui pousse ailleurs. Et c’est bien dommage.
 
Le propos le plus souvent entendu - là aussi, rien d’original, car il revenait pratiquement dans tous les workshops ou exposés auxquels nous avons assisté - était : « Do what you want, do what makes you happy. And fuck the client ». Sans doute les adeptes de cette philosophie rêvent-ils d’ouvrir un jour une agence - de branding, de design, de graphisme, etc. - pouvant se passer de clients. « Do what you want. Do what makes you happy… ». Et nous qui pensions que le vrai bonheur consistait justement à donner le meilleur de soi pour satisfaire un tel client !
 
En effet, qu’y a-t-il de plus gratifiant et valorisant, surtout dans le cas d’un projet de design ou de branding, que de prendre le client par la main pour lui faire découvrir des concepts audacieux, attrayants ou disruptifs, mais toujours pertinents ? Gageons que cette pensée hermétique fera long feu.
 
En ce moment, on peut voir à Genk une superbe rétrospective dédiée à l’univers de Ray et Charles Eames, un couple de designers. Mais ils étaient aussi concepteurs de campagnes, cinéastes, directeurs artistiques, philosophes, concepteurs de la toute première version de Google Earth, inventeurs de méthodes pédagogiques et auteurs d’un nombre incroyables d’œuvres novatrices... pour le compte de clients et assez souvent basées sur des briefings très stricts. Chaque pièce exposée est une formidable source d’inspiration pour tous les professionnels du design, de la publicité, du cinéma, de la photographie, de la communication...
 
« Art is not something you apply to your work », avait coutume de dire Charles Eames. « The art is the way you do your work. A result of your attitude towards it. » Il ne serait certainement jamais venu à l’idée de Ray et Charles Eames de s’exclamer : « Fuck the Client ».
 

 

Le meilleur d’OFFF 2017

 

Malgré la promesse de "sensory overload experience" formulée par les organisateurs d’OFFF, nous n’avons personnellement éprouvé cette sollicitation de tous les sens qu’au restaurant du festival, où les chefs catalans de réputation mondiale Xavier Gubau et Carme Picas ont prouvé leurs talents véritablement multidisciplinaires.
 
Côté workshops, le menu qui nous a mis l’eau à la bouche ne comprenait que trois services, notamment parce que le temps nous a manqué pour tout goûter. Voici selon nous les plats les plus savoureux servis lors d’OFFF Barcelona 2017.
 
Anton & Irene
Un duo et une marque. Un tandem de designers de choc dont l’approche originale a transcendé la communication de marques de premier plan comme USA Today, Porsche, Nintendo et Google.

Folch Studio
Des brand narrators de génie qui combinent avec brio l’audiovisuel, le storytelling, le design, la direction artistique, l’édition et le journalisme de marque pour créer des histoires absolument captivantes. Disruptif, pertinent et inspirant.
 
Javier Cañada
Le créateur du design d’interaction qui change vraiment la donne avec son studio Tramontana.
 
 



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