Francis Goffin, Monsieur Radio
Des radios pirates au premiers réseaux privés, avec RFM puis Bel RTL, celui qui a mis en œuvre le redéploiement des radios de la RTBF aura été de tous les combats sur les ondes. De par l'ouverture à l'international que lui ont permise ses fonctions de Directeur Général de la Radio à Reyers – il assure actuellement la présidence des Radios Publiques Francophone et siège dans le Comité Radio de l'UER – il a pu observer l'évolution du média à l'étranger. Et de s'atteler à la prochaine révolution radiophonique avec le passage au numérique, en saine concertation avec les réseaux privées. Un drôle de destin pour cet ingénieur agronome de formation, destin qui aura basculé à l'occasion de la première édition des Six Heures Brouettes de Gembloux.
Comment un ingénieur agronome finit-il patron des radios de la RTBF?
Mais c'est toujours dans la culture! (rires). L'histoire veut que je commence mes études dans les années 70, et qu'à ce moment-là, je n'étais pas du tout intéressé par la radio. Hormis en tant qu'auditeur. Par contre, depuis l'athénée, j'organisais des soirées dansantes, chose que j'ai continué à faire à l’unif à Gembloux... Il se fait que l'association des étudiants avait décidé de lancer les Six Heures de Brouettes, histoire de ne pas se laisser distancer par les 24 Heures vélo de Louvain-La-Neuve. C’était l’époque de l’explosion des radios libres et on a voulu faire la promo de l'événement sur Radio Six Vallées (à Corbais). Une fois sur place, on s'est rendu compte que le matériel utilisé pour la sono était le même, hormis que nous ne disposions pas d'un émetteur. L'animateur nous a indiqué où nous pourrions en trouver un, sous le manteau, pour 50.000 francs. Nous avons donc organisé une soirée pour financer le démarrage de notre propre radio pirate fin 1980. Radio Galène était née.
Ce qui n'était qu'une radio d'étudiants au départ et qui deviendra Bel RTL...
Ce n'était pas seulement une radio d'étudiants. J'avais dans l'idée de l'ouvrir aux habitants de Gembloux. J'étais en première année d'ingénieur à l'époque. Et je me suis écarté de mes études pendant deux ans, pour m'y consacrer. Il m'est même arrivé de remplir les trous de la grille, notamment le matin. Je partais à 4h00 de chez moi, mes disques sous le bras. J'écoutais les infos de la RTB que je replaçais ensuite à l'antenne... Jusqu'au jour où mes parents ont décidé de me couper les vivres si je ne reprenais pas mes études. Chose que j'ai faite en abandonnant la radio pendant un peu plus d'un an. Mais j'ai quand même réussi à faire un travail de fin d’études sur le vidéotexte appliqué à l'agriculture (rires)... Dans ma dernière année, je suis revenu à la radio, dans l'objectif d'essayer de professionnaliser un peu tout ça, notamment au niveau de la pub et de l'info. On s'est appelé RGN pour Radio Galène News, et on a conclu un deal avec SIS, drivée par Jean-Jacques Deleeuw (ndlr, actuellement responsable New Media chez RTL) et Philippe L’Homme à l'époque: pour 30.000 francs belges chaque mois, on avait le droit de diffuser leurs infos toutes les heures. Ça a bien fonctionné un temps, mais Gembloux n'était pas grand et les possibilités commerciales se sont rapidement épuisées. On est allé à Louvain-La-Neuve et on a démarré RGN Brabant Wallon en 1985. Un succès total.
Arrive ensuite le groupe Rossel...
Cela a commencé par un accord d'échange avec Vlan, qui lançait une édition dans le Brabant Wallon. Par la suite, j'ai rencontré Paul Callebaut, qui me dit: "Vous avez l'air un peu plus malin que tous ces radioteurs que j'ai déjà rencontrés. On devrait peut-être se revoir parce que j'ai d'autres radios ailleurs." Il m’a présenté Paul-Henry Fally, secrétaire général du groupe Rossel qui a vite pris une participation et la petite société est devenue une S.A. Entre-temps, Radio Contact démarrait son réseau, et le groupe Rossel, qui contrôlait six radios, avait été sollicité pour intégrer leur réseau. On m'a demandé d'écrire un rapport stratégique et j'ai finalement suggéré à Rossel de lancer son propre réseau. Il m'ont nommé coordinateur-directeur avec Hervé Meillon pour sa connaissance de l'animation et son côté créatif. Et nous voilà embarqués dans la création du réseau RFM, en 1987. C'est là que j'ai découvert Rossel de l'intérieur: à l’époque des barons qui se détestent assez copieusement. A chaque fois que je voulais imposer quelque chose à une radio, son directeur allait râler chez son propre patron. Très compliqué.
Mais le réseau a tout de même connu un certain succès, non?
Cela fonctionnait bien, mais Contact montait très vite, alors que nous étions ralentis par la lourdeur du groupe. Et Bruxelles et Liège marchaient beaucoup moins bien. Il fallait trouver une solution. Nous avions eu un consultant info de RTL France, et c'est là que m'est venue l'idée de lancer RTL en Belgique. J'ai donc rencontré Jean-Charles De Keyser et Remy Santter, à l'époque Vice-Président de RTL France. A vrai dire, Jean-Charles rêvait de lancer sa propre radio, mais il devait démarrer de zéro, alors que le réseau RFM existait. Il aura tout de même fallu deux ans de négociations, parce que Rossel ne voulait pas perdre sa majorité. Le montage, qui réunissait RTL France, TVI, Contact, la CLT du Luxembourg et Rossel, a été très difficile. J'ai travaillé comme un fou là-dessus, et on a démarré le 2 septembre 1991. J'ai été désigné Secrétaire général. Et on a lancé Bel RTL avec Jean-Charles De Keyser, Eddy De Wilde et Michel Joiris. J'avais déjà Bernard Fievetz, patron de RFM Charleroi, Eric Gilson, patron de RFM Namur, à mes côtés (ndlr, les deux hommes l'ont suivi à la RTBF).
10 années plus tard, la radio était leader dans le PAF. La consécration?
Quelle fierté! Dommage qu'on n'ait pu le fêter dignement, puisque la soirée des 10 ans, programmée le 13 septembre 2001, a été annulée suites aux événements de New-York... Chez RTL, j'ai fini par être nommé Administrateur délégué, après être passé par Directeur des programmes et Directeur général, toujours pour la radio. Et puis, en 2002, il y a eu la décapitation de l'ancienne direction, puisque Pol Heyse a été viré en même temps qu'Eddy de Wilde. Arrive ensuite Philippe Delusinne. Il était le nouveau patron, imposé par le Luxembourg, et j'étais de l'ancienne équipe à qui on avait dans un premier temps confié le management, sous la direction de Freddy Tacheny, qui devait être le patron du groupe pour la Belgique, avec Thierry Keyen chez IP et Michel Joiris pour la télé. Le schéma initial s'est écroulé, on a tous reculé d'un cran. Et en ce qui me concerne, ça s'est mal passé assez rapidement, mais je ne tiens à revenir sur cette période difficile. A ce moment-là, Jean-Paul Philippot venait de lancer son plan pour redresser le service public. J'observais cela de l'extérieur. J'ai découvert l'appel à candidatures dans Le Soir et je me suis décidé à relever ce challenge un peu fou.
Comment avez-vous géré le passage de RTL à la RTBF? Le grand écart?
Ce fut terrible. J'ai même cru que j'avais fait une grosse erreur dans un premier temps. J'avais une culture qui était celle du management privé, très orientée chiffres, que ce soit économiques ou commerciaux. Et ma dernière année à RTL avait été assez difficile. Et je me suis retrouvé ici à la RTBF, un mois après tous les autres cadres désignés. Claude Delacroix assurait l'intérim. Sur mon bureau, il y a avait une pile de courrier censé m'intéresser, et sur lequel il était écrit: "Monsieur le Directeur Général, voie hiérarchique...". Je me suis demandé si c'était vraiment comme ça qu'ils se parlaient entre eux... Je ne comprenais rien à ce que tous ces gens me voulaient: des histoires de procédures, avec copie conforme. Dieu merci, out cela a bien changé depuis lors. Le 1er mai, j'avais décidé de venir travailler... et je ne suis pas venu. Idem le lendemain. J'étais très fatigué. Burn out. J'ai appelé Jean-Paul Philippot pour lui exposer mon problème et contre tout attente, il m'a répondu: "Reposez-vous. Rappelez-moi quand vous allez mieux, j'assure entre-temps." J'ai dû prendre quelques semaines de repos complet. C'est une expérience de vie aussi. Là, c'est le côté vie privée qui m'a sauvé. Je me suis reconstruit peu à peu, et suis revenu en pleine forme pour l'été.
En plein rush donc dans le développement des cinq radios...
L'architecture était faite. J'ai été l'entrepreneur qui devait construire. On a travaillé ici, dans cette salle, avec des réunions jusque minuit parfois... Jean-Paul Philippot nous mettait la pression sur les délais. Et finalement, on a démarré VivaCité le 29 février 2004. La Première et Musiq’3 le 21 mars, et le split de Radio 21 en Pure FM et Classic 21 le 1er avril. C'était une révolution. Le Plan Magellan a transfiguré l'organisation de la RTBF. Au préalable, c'était une organisation géographique, d'où des blocages, puisque les radios étaient éparpillées sur différents sites et que les barons des sites régionaux défendaient leur propre chapelle. Il s'agissait de réorganiser l'offre de manière verticale, en se basant sur les chaînes. En ce sens, le travail effectué en 2002 par la RTBF et ses consultants a été remarquable. Au départ, je n'ai pas dû faire beaucoup de stratégie, ma mission était sa mise en oeuvre et la réorganisation du tout. En plus de la réduction de l'effectif: en quelques années, nous sommes passés de 700 à 500 collaborateurs.
Comment vous y retrouvez-vous, entre la mission de service public et les inévitables chiffres commerciaux?
Chez RTL, j'étais rivé sur les chiffres commerciaux reçus chaque semaine d'IP. Aujourd'hui, je reçois aussi les rapports de RMB, mais je ne les regarde pas chaque semaine avec la même intensité. C'est un élément parmi d’ autres, ma priorité étant l’évolution et la qualité des programmes ainsi que le management d'un gros département d’une entreprise publique. Pour le reste, l’objectif dans le service public, c'est d’arriver à l'équilibre tout en remplissant nos missions, alors que pour Bel RTL, on subissait inévitablement la pression du commercial et des actionnaires. Ici, RMB n'intervient quasiment pas dans la structure des programmes. Nous avons des objectifs d'audience, parce qu'on a besoin de rencontrer les attentes de différentes natures des auditeurs, mais l'approche reste basée sur une philosophie éditoriale qui est fondamentalement assez différente. La schizophrénie, peut exister au moment où l'on crée les écrans publicitaires dans une grille, avec une équipe qui pour partie n'apprécie pas trop la publicité. Mais les choses évoluent avec les nouvelles générations.
De la même manière sur chacune des radios?
Cela dépend évidement des programmes. Il est clair que Vivacité supporte mieux la pub que Musiq3. Idem en ce qui concerne Pure FM par rapport à La Première. Mais d'un autre côté, les annonceurs sont ainsi faits qu'ils adorent La Première et Classic 21 parce qu'on leur donne des cibles qui sont différentes des privées. De toute façon, on n'a pas le choix. La manne publicitaire représente près du quart du financement de la RTBF. C'est grâce à la pub qu'on a pu avoir une certaine envergure qui nous permet notamment d’avoir cinq chaînes, d'améliorer l'offre... Il y a un cercle vertueux: on nous reproche la pub, y compris à l'interne, mais sans elle, on ne pourrait réaliser ce que nous faisons actuellement. La pub finance aussi des activités qui sont utiles à l'ensemble de nos missions de base. Par ailleurs, je me suis un peu intéressé à l'international progressivement, parce que la RTBF m'en donne la possibilité par son ancrage dans différentes organisations. C’est ainsi que j’ai pu constater que notre marché radiophonique belge francophone a une très grande maturité, qui s'est développée grâce à une dynamique des privées dans les années 90, suivie d'une nouvelle dynamique des chaînes publiques dans la seconde partie des années 2000.
Cette croissance peut-elle perdurer?
A ce stade, je pense qu’on est sur un point d'équilibre public-privé. Je ne pense pas qu'on arrivera un jour à revenir aux 40% de parts de marché du début des années 90. A présent, il faut défendre nos positions face au privé qui réagit logiquement à notre belle progression. Dans notre marché on a aussi la chance d'avoir deux très bonnes régies qui ont bien structuré le marché. Aujourd'hui, nous sommes leaders en Europe au niveau pénétration du média radio dans les dépenses publicitaires, et l'introduction de la pub sur la RTBF a facilité cela. En Suisse, le service public n'a pas accès à la pub et ils en sont à 3 ou 4% en termes d'investissements. Idem au Royaume-Uni, alors que les privées font tout pour crédibiliser le média radio. Je pense que notre combinaison est bénéfique pour l'ensemble du paysage, avec un service public qui représente un gros tiers de l'audience. Je suis fier de la RTBF et fier aussi du paysage radio francophone, parce qu'il y a une complémentarité et concurrence qui ont créé une vraie économie. Pas mal de pays nous envient. La position du groupe RTL avec deux radios est extraordinairement forte, Nostalgie fait plus qu'en France et la RTBF est aujourd’hui le service public qui a progressé le plus en Europe au cours des quatre dernières années. On a fait des miracles tous ensemble sans trop s'en rendre compte. Chacun est à sa place et ça fonctionne pas mal.
On sent comme un léger parfum de fin de cycle dans vos propos...
C'est justement le défi qui me passionne: comment pérenniser le succès du service public mais aussi du média lui-même. Or, on est en train de revivre ce qui s'est passé il y a 50 ans, avec la naissance de la télévision et de la FM. Au final, on se rend compte que la FM a justement permis la segmentation de l'offre. Aujourd'hui, il y a l'Internet et le numérique, dont on a parfois peur. La FM a montré ses limites: il y a saturation, ce qui rend tout développement impossible. Hormis des faillites et des changements d'actionnariat, il n'y a plus moyen de lancer des nouvelles initiatives. Le marché est fermé, sans perspective de croissance. D'autre part, on consomme encore plus la radio qu'avant, mais plus la FM, notamment parce qu'elle ne peut pas proposer d'interactivité directe. Nous vivons dans un monde où l'image s'est imposée. La radio doit s'adapter.
Quelles sont les possibilités de développement que permet la radio numérique?
Le passage au numérique permettra à la radio de diffuser, en même temps que le son, des meta-données, comme du texte, des images, des slide shows ou encore de l’interactivité avec la radio hybride. Et aussi d’augmenter l'offre, parce que là, il y a beaucoup de place. Peut-être trop. On ne peut pas prendre le risque de détruire l'économie de notre petit marché, qui ne repose que sur 4,5 millions d'habitants. Pour l’avenir, on travaille sur une offre enrichie à deux niveaux: en termes de nombres de chaînes disponibles pour l'auditeur - la longue traîne -, il faut faire de vraies radios, qui s'adressent aux gens, qui leur parlent, pas des robinets musicaux. Et il faut enrichir chacune des offres par des données pertinentes. Le but n'étant pas faire de la mauvaise télévision. On est dans le "screen viewing", pas dans le "watching". On écoute la radio, et comme on a de plus en plus l'habitude d'avoir un écran près de soi, quand on entend quelque chose qui nous intéresse, on regarde. Il y a un nouveau champ à explorer et qui va permettre à la radio de s'enrichir et de trouver une nouvelle révolution technologique, de nouveaux auditeurs, des nouveaux revenus... Et ce qui est formidable, c'est que du côté belge francophone, quasi tout le monde l'a compris. Ce n'est pas le cas dans tous les pays.
On a évoqué ces dernières années plusieurs normes numériques. Aujourd'hui, c'est clairement le DAB+ qui tire son épingle du jeu?
A l'exception du Royaume-Uni, le DAB, lancé trop tôt fin des années 90, n'a pas marché. Mais le passage au numérique implique le simulcast, parce que cette révolution va prendre plusieurs années. Et cela a un coût. Et l'offre en DAB n'étant pas suffisante, ce coût ne peut se répercuter que sur quelques acteurs. En revanche, si on met deux fois plus de radios en numérique, ce sera moins cher. D'où le DAB+, et l'importance d'y aller ensemble, privées et publiques.
Comment financer cela?
Dans certains pays, le privé s'est débrouillé tout seul. C'est le cas en Australie. En Europe, c'est en général l'Etat qui intervient d’une manière ou d’une autre, dans l'intérêt collectif. La radio est gratuite pour tout le monde, et accessible partout. Pour y arriver, on table sur un modèle où les rôles sont répartis. Un modèle mixte où les radios, privées et publiques, prennent en charge le coût d'exploitation de la diffusion double et la promotion auprès du public pour assurer la transition. On demande à l'Etat de prendre à ses frais les investissements pour mettre sur pied le réseau numérique. En plus d'intervenir dans le financement de la plateforme commune qui va coordonner le passage au numérique. On parle de 13millions d'euros d’investissements sur 10 ans pour l'Etat. De près de trois millions par an pour assurer le coût du simulcast pour toutes les radios. Et d'une dizaine de millions par an pour la promotion, afin d’être grosso modo au niveau de la pression publicitaire des plateformes de télévision numérique comme Belgacom TV ou VOO. Mais il s'agit de créer un phénomène de mode, de créer le besoin et l'utilité. Cette offre sera plus stable, avec plus de confort d'écoute, plus de chaînes et un contenu enrichi.
Quelles seront les étapes jusqu'au switch off de la FM?
Il faut d'abord trouver l'argent. Au niveau de l'intervention de l'Etat, il faudra sans doute passer par des sociétés publiques d'investissement. En espérant que ce soit fait début de l'année prochaine. Je rappelle quand même qu'il y a une résolution adoptée à l’unanimité par le Parlement francophone en juillet dernier qui demande au gouvernement de mettre en route la radio numérique en considérant 2011 comme année de départ du processus. Techniquement, le développement devrait prendre une année. On pourrait donc commencer à émettre en 2013. En ce qui concerne le switch off de la FM, il faudra se fixer un calendrier; on pourrait prendre l'hypothèse qu'on basculerait dans le numérique après sept ans de simulcast. Sept ans, c'est le cycle de vie moyen d'une voiture. D'ici là, l'auto-radio en DAB+ se sera démocratisé. Mais tout cela doit encore être validé, notamment au niveau juridique, politique et régulatoire. La FM actuelle propose une quinzaine de radios différentes audibles correctement en tout point en Belgique francophone. On pourrait plus que doubler l'offre... Est-ce économiquement viable? A voir, cela dépendra de la nouvelle offre proposée. Mais c'est en tout cas dans l'intérêt des auditeurs.
On a l'impression que vous prenez en charge pas mal de choses dans ce dossier...
C'est un défi qui m'excite terriblement, oui. Et l'aventure numérique demande beaucoup de déplacements, pour aller comprendre ce qu'il se passe sur d'autres territoires, et participer à des conférences. Je siège dans le comité Radio de l'UER depuis quelques mois et je suis de près ce qui se passe au niveau de la World DMB, la plateforme mondiale de promotion de la radio numérique... Disons que je suis un peu l'instigateur du mouvement chez nous, simplement parce qu'à la RTBF, j'ai la chance d'être en contact avec beaucoup d'autres radios, d'autres pays. C'est de ces rencontres que j'ai pris conscience que les choses bougeaient, et que je suis allé voir mes camarades des privées afin qu'on s'entende sur l'avenir de la distribution du média car nous avons un point commun: nous sommes tous des broadcasters. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit: au niveau du contenu, c'est la concurrence et l’indépendance totales. Mais sur la distribution, on doit s'associer parce que le numérique, c’est le multiplexage des programmes et que le broadcasting individuel sur la FM a montré ses limites..
Est-ce à dire également que le développement de la radio sur le Web (streaming) est à maturité également? Ou y a-t-il encore des opportunités?
Il y en a encore et nous avons d'ailleurs également une proposition de stratégie commune. Le monde de la radio Internet pur, c'est le principe de la longue traîne: on a des milliers de radios que peu de monde écoute. Chacun a développé son player. Au Royaume-Uni, une étude a démontré que la progression de l'écoute en streaming était freinée justement parce que pour changer de radio, il faut changer de player. Ça lasse. Les Anglais ont donc créé un player unique pour toutes les radios du royaume (radioplayer.co.uk, ndlr). Il y en a 350. Ils ont mis deux ans pour développer ce produit qui fonctionne sur le mode du moteur de recherche. D'ailleurs, quand on l'ouvre pour la première fois, il n'y a qu'un moteur de recherche. Les radios ne sont pas placées dessus automatiquement. Et le radioplayer va donner la ou les radios qui offre(nt) le plus d'occurrences par rapport au mot clé que l'internaute a choisi, y compris dans les podcasts ou la play list. Et on classe ensuite ses favoris, etc. C'est un modèle qui nous plaît.
En tant qu'homme de radio, vous êtes assez atypique, souvent décrit comme quelqu'un de très professionnel, axé sur les chiffres, anxieux, pas très porté sur la communication, timide même. Vous vous reconnaissez?
Ah bon? C’est que je suis un malade qui tente de se soigner (rires).





